Le BĂ©casseau minute🐩

Calidris minuta – Sourouc’han bihan

Carte d’identitĂ©


✍ Nom scientifique :   Calidris minuta 
📏Taille : 14-15 cm
đŸȘœEnvergure :  27-30 cm
đŸ‹ïžPoids :  20-21 g
📆LongĂ©vitĂ© :  (Ăąge moyen) 4,5 ans (Ăąge maxi) 14,7 ans 
🍏 RĂ©gime alimentaire : insectivore, en Ă©tĂ© des larves de diptĂšres, en hiver des annĂ©lidĂ©s et petits crustacĂ©s.
🏠 Habitat : vasiùres littorales, lagunes peu profondes en hivernage, terrains secs de la toundra dans le haut arctique pour nicher.
đŸ„š Reproduction :  nid au sol, ponte en juin/juillet. 

Du brun rouille estival au gris hivernal

Difficile de voir ce tout petit bécasseau dans le groupe de Bécasseaux variables, Grands gravelot et autres sanderlings ! On peut cependant admirer son plumage nuptial en mai avec les derniers migrateurs en route vers le nord.
Le brun rouille assez vif domine sur le dessus du corps, la tĂȘte et la poitrine tandis que le blanc s’étale sur les parties infĂ©rieures. De prĂšs on distingue le front et les sourcils blanc-jaunĂątre. L’oiseau semble mouchetĂ© avec des lignes pĂąles sur le manteau formant un « V » blanc. Le bec court et les pattes sont noirs. 

Rien de tout cela en automne et hiver. L’adulte est plus clair, le dessus est uniformĂ©ment gris avec au niveau du rachis des plumes du dos et des couvertures, une raie foncĂ©e et un liserĂ© blanchĂątre. Le dessous est blanc, les cĂŽtĂ©s de la poitrine sont gris, formant chez certains individus une bande pectorale complĂšte toute grise. Les sourcils sont peu visibles.
Mais on voit surtout des individus de 1Úre année au plumage bien différent. Le sourcil bifide renforce la coloration sombre de la calotte ; un net V blanc sur le manteau (avec un autre moins visible aux scapulaires) ; les plumes du manteau et des scapulaires sont noirùtres lisérés de roussùtre, celles des cÎtés de la poitrine chamois orangé sont striées de sombre.

Petit mais grand migrateur
.

Le plus petit bĂ©casseau de notre avifaune. De la taille d’un moineau, il frĂ©quente nos hauts de vasiĂšres, rias, marais arriĂšre littoraux, marais salants et espaces d’eau douce dĂšs mi-juillet, lors du passage migratoire d’automne. Le pic migratoire est atteint fin septembre -dĂ©but octobre, oĂč il est rĂ©guliĂšrement observĂ© Ă  l’unitĂ© ou en petits groupes (moins de 10 individus). Il s’agit surtout de jeunes de l’annĂ©e. C’est un migrateur rĂ©gulier et relativement abondant en France.

Bécasseau minute à gauche avec Bécasseau sanderling ( pour comparaison de taille)
© Thierry LE ROUZO

Il emprunte deux voies migratoires : celle de l’Est-Atlantique (Europe de l’Ouest), avec ses haltes majeures en Baie de Somme et baie de l’Aiguillon et le littoral morbihannais,  nous apportant les populations nicheuses de l’ouest arctique russe et de Scandinavie. Elles vont hiverner principalement en Afrique de l’Ouest et sub-saharienne (Banc d’Arguin en Mauritanie, GuinĂ©e Bissau).  Les populations de SibĂ©rie centrale et orientale empruntent l’autre voie, celle de la Mer noire-MĂ©diterranĂ©e pour hiverner le long du bassin mĂ©diterranĂ©en, des grands lacs d’Afrique de l’Est jusqu’au Cap en Afrique du Sud.
Quelques hivernants restent sur le littoral breton mais l’hivernage europĂ©en concerne tout le bassin mĂ©diterranĂ©en.  

Le retour prénuptial, peu marqué sur la façade atlantique, passe par la méditerranée et se déroule de fin février à fin mai avec un pic fin avril début mai.


. avec un HWI élevé

Pour parcourir chaque année plus de 10 000 kms, il faut avoir les moyens physiques. 

En ornithologie, il existe le HWI (Hand-Wing Index, littĂ©ralement « indice main-aile ») dont le calcul est le rapport entre la longueur de l’aile (du poignet Ă  la rĂ©mige la plus longue) divisĂ©e par la distance comprise entre l’extrĂ©mitĂ© de la premiĂšre rĂ©gime secondaire et celle de la primaire la plus longue.. C’est un indicateur morphologique permettant d’ estimer le potentiel de vol et de dispersion d’une espĂšce. 


Avec 50.6, le HWI du Bécasseau minute est élevé, traduisant une aile longue et pointue associée à un vol efficace sur de longues distances, soit une bonne capacité de migration ou de dispersion. 

Juvénile 1Úre année          © Philippe Jacques DUBOIS 

Calendrier serrĂ© et systĂšme d’accouplements flexibles = une reproduction adaptĂ©e au milieu !

Les deux sexes arrivent ensemble fin mai-dĂ©but juin dans la toundra. ImmĂ©diatement les mĂąles dĂ©limitent leurs territoires par des vols de parades complexes, s’élevant en vibrant des ailes tout en Ă©mettant un bourdonnement aigu semblable Ă  celui d’un insecte.

La construction du nid est rapide : une simple dĂ©pression grattĂ©e au sol dans la vĂ©gĂ©tation basse oĂč 3-4 Ɠufs tachetĂ©s sont pondus avec une incubation courte (20-21 jours) par le couple et des poussins nidifuges en duvet se nourrissant seuls dĂšs les premiĂšres heures ! Suit une indĂ©pendance Ă©clair : dĂšs le plumage acquis (aprĂšs 15 Ă  18 jours) les jeunes partent en migration ! Soit 35 Ă  39 jours pour Ă©lever entre 4 et 8 poussins.

Car cette espĂšce utilise frĂ©quemment la bigamie ou polyandrie (succession de pontes). La femelle s’accouple avec un premier mĂąle, pond les 3-4 Ɠufs que le mĂąle va couver seul ! 

Elle s’accouple ensuite rapidement avec un second mĂąle (ou garde la ponte pour elle-mĂȘme) pour dĂ©poser une deuxiĂšme couvĂ©e souvent dans le mĂȘme nid. Ainsi deux familles diffĂ©rentes sont Ă©levĂ©es par un seul couple !

Un hyperactif confiant et grégaire



GrĂ©gaire en migration et en hivernage, il se mĂȘle souvent aux autres bĂ©casseaux et gravelots.
En fin d’étĂ©, les immatures se montrent peu farouches. Mais, en cas d’alerte, il dĂ©tale Ă  grande vitesse avant de s’envoler brusquement. Il peut dĂ©coller presque Ă  la verticale. Son vol est rapide et direct avec des changements brusques et de rapides battements.   

Hyperactif, courant sans cesse en donnant des coups de bec rapides et répétés à la surface de la vase, il repÚre ses proies (insectes, larves, petits mollusques) principalement à vue.

© Thierry LE ROUZO

Mais de lourds changements le menacent
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ClassĂ© en « PrĂ©occupation mineure » Ă  l’échelle mondiale et europĂ©enne, la population nicheuse est jugĂ©e stable en particulier en Russie. Cependant, Ă  l’échelle de la voie migratoire Europe/Afrique de l’Ouest, l’espĂšce est notĂ©e en dĂ©clin sur la pĂ©riode 2006-2015.  

Le réchauffement climatique, en modifiant les habitats (réduction de la disponibilité des zones humides arctiques de reproduction) et le type de nourriture (changement de nature des proies, réduction des ressources alimentaires et leurs disponibilités), peuvent modifier les conditions de nidification et affecter aussi les déplacements migratoires (dates et voies modifiées).  

De mĂȘme, les activitĂ©s humaines rĂ©duisent les surfaces de vasiĂšres intertidales au profit d’amĂ©nagements portuaires ou de cultures marines. Le dĂ©rangement créé par les activitĂ©s touristiques et de plein air sur le littoral (pĂȘche Ă  pied, chasse, sentiers cĂŽtiers) surtout en migration postnuptiale, peuvent entrainer une sous-exploitation des habitats favorables. 

Article rédigé par Patrick