Podiceps cristatus. Ordre des Podicipédiformes
✍️ Nom scientifique : Podiceps cristatus Plomer-kuchenn
📏 Taille : 47-56 cm
Envergure : 73 – 86 cm
Poids : 700 g< x >1100 g
Longévité : 10 ans (9 ans et 8 mois)
🍏 Régime alimentaire : piscivore, différents invertébrés d’eau douce (insectes, crustacés, petits mollusques), des débris végétaux pêchés jusqu’à 30 m de profondeur.
🏠 Habitat : milieu eau douce quasi toute l’année mais en hiver dans les lagunes, estuaires, bordures du littoral, les ports.
🥚 Reproduction : nid sur l’eau constamment rechargé, 1nichée d’avril à fin juillet (3 à 4 œufs), jeunes nidifuges.
🌿 Statut Liste rouge : LC (préoccupation mineure) en Bretagne · RBR modérée (Responsabilité Biologique Régionale)
🛡️ Protection : Espèce intégralement protégée en France
Mon nom latin -Podiceps cristatus- signifie « Pieds au derrière » ou encore « Pieds à l’anus » puisque mes pattes sont tout à l’arrière du corps à la place d’une queue. Et cristatus veut dire « avec une crête ».
Mes pieds me servent de gouvernail en vol et de propulseurs dans l’eau. Mes doigts sont palmés et festonnés ce qui fait que la pratique de la marche m’est quasi impossible.
Je suis constamment sur l’eau pour me nourrir bien sûr et même mon nid flotte sur l’eau. Ma technique de plongée est silencieuse : un petit élan de la tête en arrière puis je me glisse sous l’eau sans faire de remous. L’eau est mon élément, nageant pour me déplacer, rejoindre les collègues ou pour plonger jusqu’à 25 m, pendant 25 à 50 secondes pour atteindre poissons, insectes et végétaux dont je me nourris. Mes proies je les avale après être remonté.
Il m’arrive d’utiliser les airs pour rejoindre un autre lieu ou migrer. Alors je cours longtemps sur l’eau puis, raide comme un bâton, le cou tendu avec le corps prolongé par les pattes, je file au ras de l’eau. Je fonce droit devant et montre mes ailes étroites panachées de blanc et noir aux battements si rapides qu’ils donnent l’impression d’un scintillement ! Certains disent que j’ai une silhouette reptilienne…avec mon long cou qui ondule !
L’automne et l’hiver, les grèbes locaux sont rejoints par les individus du Nord de l’Europe. On se disperse sur les plans d’eau et en mer pas trop loin du rivage. Les liens sociaux se créent à ce moment alors que notre robe est bien triste : du gris, du blanc (la tête, l’avant et les côtés du cou), une tête anguleuse avec un trait noir qui traverse l’oeil …. Les jeunes de l’année ont encore quelquefois leurs rayures.
Dès février, on remarque que la tête des individus commence à roussir et qu’un changement global dans le plumage mais aussi dans les comportements s’effectue. L’apparition des ornements extraordinaires de la livrée nuptiale apparaissent : deux cornes apparaissent sur la huppe de la tête et une collerette de plumes rousses et noires encadrent les joues blanches. Ça c’est pour l’habit !
Les démonstrations amoureuses transcendent le couple. Face à face, mâle et femelle tendent le cou, étalent leur collerette, redressent la tête en secouant leur huppe soit la « cérémonie des secouements de tête » (cf photo ). Différentes postures sont notées comme des attitudes face à face, des plongeons pour ramener des végétaux et le couple se dresse verticalement sur leur arrière-train, poitrine contre poitrine en secouant la tête.
Et puis il y a le « pingouin fantôme » figure étrange de ces parades : un des grèbes va vers l’autre, juste sous la surface de l’eau en exhibant les taches blanches de ses ailes puis le plongeur surgit lentement raide et vertical à côté de son partenaire.
C’est le moment où les grèbes sont les plus loquaces. Les cris rauques « krokk, krokk « emplissent alors les lacs ou étangs emplis de végétation, sites de reproduction de l’espèce. Dés lors que la construction du nid est entamée, les manifestations diminuent.
Mâle et femelle se relaient pour construire, améliorer le nid – un véritable radeau de plantes aquatiques – puis partager à la couvaison. Le mâle relaie la femelle sur le nid toutes les trois heures. Chaque œuf, pondu à intervalles de 2 jours, nécessite 25 à 29 jours d’incubation.
Les poussins naissent avec un superbe habit rayé, brun foncé sur fond beige pour le dos, blanc et noir pour le cou avec trois taches de peau nue sur le front qui en se gonflant de sang ressemblent à des feux rouges., moyen de reconnaître l’individu pour les parents ? Lorsque tout le monde est né, chaque poussin rejoint le dos du père ou de la mère et quittent le nid.
Une tête rayée sort du dos d’un des parents quémandant de la nourriture que l’autre parent va lui amener (cf photo) . Au bout d’une semaine chaque parent prend à sa charge la moitié de la nichée et s’en va de son côté puis les jeunes commencent à nager. De croissance lente, les jeunes commencent à plonger à partir de six semaines et pêchent d’eux-mêmes à partir de neuf semaines, date de leur émancipation. Ils seront indépendants au bout de 2 à 3 mois. 2 nichées sont possibles la même année.
Les poussins ont le même régime alimentaire avec la particularité de ne consommer dans les premières heures que des plumes du duvet de leurs parents, qui formeront un tampon filtrant anti-arêtes bien utile par la suite.
Rare et localisé au début du XXème siècle, l’espèce a progressée à la faveur de sa protection mais aussi avec la création de plans d’eau artificiels et sa capacité à faire plusieurs nichées par an. L’augmentation de la population européenne entre 1970 et 1990 (300 à 400 000 couples) connaît un déclin modéré depuis.
En France, 10 à 12 000 couples sont dénombrés lors de l’atlas des oiseaux nicheurs de France de 2012.
En Bretagne, les effectifs nicheurs étaient estimés à 1100 à1400 couples en 2004. Il semblerait qu’une certaine diminution soit constatée sans pouvoir la chiffrer faute de recensements.
Les prédateurs tels les hérons, buses, corneilles, milans, brochets qui happent les poussins, les assèchements des zones humides ou la fréquentation trop forte de certaines zones aquatiques influent sur la dynamique des populations. L’époque de collecte des plumes pour la mode est terminée.