La Loire, dernier fleuve sauvage d’Europe ? Depuis des années, Bretagne Vivante a noué une convention avec le croisiériste Marine et Loire. Dans ce cadre, nous assurons une dizaine de ces mini-croisières d’une journée sur les eaux de l’estuaire. Un aller le matin et un retour l’après-midi avec quelques heures de détente le midi pour déjeuner, soit à Nantes, soit à Saint-Nazaire en fonction du lieu de départ.
En préparant ces journées, nos recherches nous amènent à découvrir les nombreuses anecdotes historiques relatives à ce fleuve royal. Je citerai pêle-mêle la construction du Bélem aux chantiers Dubigeon de Nantes, celle de La Méduse aux chantiers Crucy de Paimboeuf, célèbre pour son naufrage et le tableau de Géricault exposé au Louvre, mais aussi le travail des moines des abbayes de Buzay et de Blanche-Couronne qui ont façonné le paysage des marais de Loire dès le XIIe siècle ou encore le périple de la première femme à avoir fait le tour du monde (Jean Baré avait été engagée comme aide naturaliste de Commerson sur l’expédition de M. Bougainville ; en fait, Jean était Jeanne et l’amante de Commerson ! Ils rapporteront des spécimens de lianes qu’ils nommeront le bougainvillée).
C’est aussi bien entendu la démesure du Port, la découverte des quais et de ses différents terminaux mais aussi la défense du Vivant portée par Bretagne Vivante qui est contée quand on longe la vasière de Méan, les espaces naturels de Donges Est, les réserves des marais Audubon ou bien la lutte contre l’implantation d’une centrale nucléaire sur le site du Carnet.
A l’occasion, en cette fin d’été caniculaire, il est utile de faire prendre conscience à nos touristes que les canicules sont aussi marines et fluviales : à titre d’exemple, le 25 juin dernier, la température à 1 m sous le bateau à Nantes était de 33°C ! Nous faisons observer la couleur marron de l’eau due aux millions de tonnes d’argiles qui floculent à la rencontre des eaux salées estuariennes. Ce bouchon vaseux est en effet le support d’une incroyable vie bactérienne extrêmement consommatrice de dioxygène et forme ainsi une zone hypoxique qui peut être un véritable obstacle aux poissons migrateurs qui remontent ou descendent la Loire, notamment quand les débits sont faibles et que les températures sont élevées.
Cette croisière commentée est aussi le lieu où on peut évoquer, en dehors des œuvres du Voyage à Nantes, l’endiguement artificiel, le creusement et l’entretien du chenal, l’histoire du canal de la Martinière, du développement de Paimboeuf, puis de son délaissement au profit de Saint-Nazaire… C’est aussi un lieu de sensibilisation à la fragilité des écosystèmes en évoquant les espèces exotiques envahissantes et leur mode d’entrée en France, souvent lié au transport maritime. Nous parlons bien entendu de l’espèce endémique et protégée de l’Angélique des estuaires que l’on ne trouve que dans 4 estuaires français au monde, dont le nôtre.
N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de l’engagement ! C’est en répondant à une demande que je me suis retrouvé dans le tout petit groupe de passionnés qui effectue ces croisières commentées. Après 2 accompagnements différents, j’ai pu faire ma première sortie solo début septembre. Non sans appréhension bien sûr devant l’ampleur du sujet et la durée des croisières ! Je suis rentré bien fatigué mais très satisfait des petits mots de remerciement des croisiéristes et content de ces échanges car il y en a eu aussi : un québécois m’a demandé où était St Nicolas des Défunts. J’ignorais et il m’en a parlé. Un autre touriste m’a proposé une 3ème explication à l’origine de la toponymie du lieu-dit le Paradis à Couëron (embarcadère). Une expérience de guide conférencier à renouveler l’an prochain en ce qui me concerne.
Bonne nav’ à tous.
Merci à Jean-Yves TENAUD de l’antenne de Nantes pour son accompagnement précieux.
Article rédigé par Jean-Michel Richardeau, naturaliste de l’antenne ELO de Bretagne Vivante