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Nacre d’Atlantique : les Glénan, dernier refuge d’une population relictuelle ?

Un projet scientifique mené par un consortium incluant Ifremer, l’IUEM, Esprit Nature et Bretagne Vivante s’est mis en place grâce à des fonds verts en 2025 et 2026 pour étudier la nacre d’Atlantique (Atrina fragilis) sur sa génétique, sa reproduction et son écologie.

D’après nos connaissances actuelles, ce grand mollusque bivalve, autrefois commun, n’existe plus que sous forme de population relictuelle aux Glenan. Son déclin aurait été provoqué par la pêche aux arts trainants (drague et chalut) et potentiellement la pollution provenant de nos bassins versants (Cf dernier Penn Ar Bed). À travers une démarche de science participative, les chercheurs de ce projet sollicitent l’aide du public dont les estranologues de Bretagne Vivante pour signaler des individus afin d’affiner leur distribution géographique. Les objectifs du projet sont les suivants :

  • Améliorer les connaissances sur la biologie de reproduction et la caractérisation des habitats de ce bivalve devenu rare via les observations sur le terrain et en aquarium (Une nacre a été pêchée vivante et mise en captivité au MNHM de Concarneau).
 
  • Préciser la distribution géographique passée et présente sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique pour cartographier les zones à enjeux dont notamment l’archipel des Glenan.
 
  • Clarifier l’identité génétique d’Atrina fragilis et étudier la connectivité ou les flux de gènes entre ses différentes populations.
 
  • Doter l’espèce d’un statut de protection national en France et établir des mesures de gestion durable à long terme

Les premiers résultats nous encouragent à nous appuyer sur les signalements de tout à chacun via les sciences participatives en poursuivant des campagnes d’enquêtes de terrain et dépôt des affiches d’information « Avis de recherche » auprès des usagers de la mer et du littoral  (Pêcheurs ; plongeurs, pêcheurs à pied de loisir etc.). Ils mettent en lumière que l’espèce semble affectionner les herbiers de zostère et les sables grossiers. 

Au niveau des résultats génétiques, le séquençage ciblé réalisé par l’Ifremer en 2025 sur une trentaine d’échantillons montre une très faible diversité génétique (parfois une seule mutation) entre les individus côtiers (Glénan) et ceux de grande profondeur (>100 m, mer Celtique et Golfe de Gascogne). Cela prouve qu’il s’agit d’une seule et unique méta-population d’Atrina fragilis.

A l’issue de cette fin de projet fond vert, on constate que sur les 21 individus vivants côtiers identifiés depuis 2020, 15 proviennent des herbiers de Saint-Nicolas et Drenec aux Glénan (71,4%). La baie de Morlaix constitue le second pôle avec 4 individus vivants (19,0%), suivie par Ouessant et la mer d’Iroise avec 2 individus vivants (9,5%) (Cf  Penn Ar Bed n°260). Il conviendrait de comprendre pourquoi la nacre se plait davantage aux Glenan qu’en rade de Brest ?

La dernière plongée faite sur site avec des plongeurs de l’Ifremer en juillet 2026 a également mis en évidence que la prospection à marée basse semble être le meilleur moyen de visualiser la nacre d’Atlantique.
Mais deux années de projet, cela passe vite et nous espérons vivement prolonger l’aventure de la nacre d’atlantique à travers un projet testant des stratégie de restauration en s’appuyant sur les modèles de l’huitre platre.

 

Abel Zempleni, Ifremer

Les pistes que nous envisageons sont les suivantes :

  • S’inspirer des techniques de l’huître plate (Ostrea edulis) pour concevoir des collecteurs et des récifs artificiels biosourcés.
  • Assister le recrutement larvaire grâce à des cages de captage et de maturation temporaires, évitant ainsi le déplacement d’adultes trop fragiles. Mieux comprendre la courantologie des Glénan pour optimiser l’emplacement des pièges et identifier les herbiers récepteurs. Poursuivre notre objectif final d’obtenir un statut de protection national d’Atrina fragilis en consolidant le cadre réglementaire et pérenniser ces actions de restaurations
Article rédigé par Virginie Antoine et Iwein Le Frapper
Photos de : Matthias Huber, ifremer