Rechercher

Saurez-vous reconnaître ces espèces du quotidien ?

Dans Manières d’être vivant, le philosophe Baptiste Morizot soutient que la crise écologique contemporaine est d’abord une crise de la sensibilité, c’est-à-dire « un appauvrissement de ce que nous pouvons sentir, percevoir, comprendre, et tisser comme relations à l’égard du vivant ».

Un premier symptôme de cette crise de la sensibilité est ce que l’entomologiste Robert Pyle appelle l’extinction de l’expérience de la nature, soit « la disparition des relations quotidiennes et vécues au vivant ». Morizot renvoie à une étude, menée en 2014 aux États-Unis, qui montre « qu’un enfant nord-américain entre 4 et 10 ans est capable de reconnaître et distinguer en un clin d’œil expert plus de mille logos de marques, mais n’est pas en mesure d’identifier les feuilles de dix plantes de sa région ».

Cela m’a donné l’idée de tester les connaissances des jeunes d’aujourd’hui, tant dans le domaine des logos de marque que dans celui des oiseaux et des plantes. C’est ce que je fais depuis plusieurs années, dans le cadre d’un cours sur le développement durable, avec les étudiants de première année du master Management public territorial de l’Université Rennes 2. Lors de l’une des séances de cours, je commence par projeter à l’écran 20 logos de marques assez communes (Red Bull, Lacoste, McDonald’s, Peugeot, Desperados…).

À quelques rares exceptions près, tous connaissent ces marques commerciales et savent de quel type de produit il s’agit. Je projette ensuite 20 photographies d’oiseaux et 20 photographies de plantes, récupérées sur Wikimédia. Les espèces sont choisies parmi les plus communes dans la région. La plupart d’entre elles peuvent être vues à Rennes, y compris sur le campus de Villejean où est implantée l’université.

Le résultat est toujours le même : rares sont les étudiants qui peuvent nommer ces oiseaux et ces plantes. Dans le meilleur des cas, ils en connaissent seulement une partie. Cela est encore confirmé par une enquête réalisée lors des premiers mois de l’année universitaire 2021-2022 auprès d’un public, dix fois plus nombreux, d’étudiants de deuxième année de licence d’administration économique et sociale (AES).

L’enquête et ses résultats sont présentés de façon détaillée dans le Penn ar Bed n°258 (novembre 2025).

Rédigé par Jean-Michel Le Bot