Cet hiver, une quarantaine de bénévoles se sont mobilisés lors de trois sessions d’observation coordonnées pour dresser un état des lieux inédit des interactions entre activités humaines et oiseaux d’eau hivernants sur le site Natura 2000 « baie de Lancieux – baie de l’Arguenon ». Porté par le Parc naturel régional Vallée de la Rance – Côte d’Émeraude, ce projet participatif s’inscrit dans une démarche de science citoyenne visant à concilier usages récréatifs du littoral et préservation de l’avifaune hivernante. Un projet citoyen au service de la biodiversité littorale. Les salariés de plusieurs institutions, et les bénévoles de plusieurs associations se sont mobilisés : Bretagne Vivante, le GEOCA, la LPO, l’OFB, le PNR Vallée de la Rance – Côte d’Émeraude, la Communauté de communes Côte d’Émeraude et VivArmor Nature
Les sites Natura 2000 de la baie de Lancieux s’étendent sur 11 communes, à cheval sur les départements des Côtes-d’Armor et d’Ille-et-Vilaine. Ils comprennent la Zone Spéciale de Conservation (ZSC) « Baie de Lancieux, baie de l’Arguenon, archipel de Saint-Malo et Dinard », couvrant 5 142 hectares dont 79% en milieu marin, et la Zone de Protection Spéciale (ZPS) « Îles de la Colombière, de la Nellière et des Haches », classée en 2019 pour les oiseaux qu’elle accueille, sur 1 689 hectares dont 99% en milieu marin.
Une étude préalable révélatrice
En 2024, l’Office Français de la Biodiversité (OFB) a confié au Groupe d’Études Ornithologiques des Côtes-d’Armor (GEOCA) l’analyse des enjeux avifaunistiques de trois ZPS Natura 2000 littorales de l’est des Côtes-d’Armor. Ce bilan, fondé sur un suivi annuel complet (oiseaux nicheurs, migrateurs et hivernants) et sur la synthèse des données Wetlands International, a permis d’identifier les principales zones à enjeux pour les oiseaux d’eau en période hivernale :
Ces zones ont été classées selon trois niveaux d’enjeux (très fort, fort, moyen), tant pour les reposoirs que pour les zones d’alimentation des oiseaux non nicheurs.
Le dérangement par les chiens : un constat partagé
Parallèlement, les remontées des acteurs du territoire lors des temps d’échanges Natura 2000 ont mis en évidence de fortes problématiques de dérangement des oiseaux d’eau, notamment par les chiens en liberté. Ce constat rejoint les observations faites sur d’autres sites bretons : en baie de Morlaix, une étude similaire a révélé que 90% des envols d’oiseaux hivernants avec abandon total du site d’alimentation étaient causés par des chiens non tenus en laisse. En rade de Brest, des études menées entre 2006 et 2023 ont documenté une baisse d’effectifs allant jusqu’à 75% pour certaines familles d’oiseaux, en grande partie liée aux activités humaines et à la fréquentation croissante des sites.
C’est dans ce contexte qu’a été décidé le lancement d’un état des lieux des interactions entre activités humaines et oiseaux d’eau, en s’inspirant du travail mené par Morlaix Communauté, qui avait mis en place un programme de maraudes de sensibilisation en partenariat avec les associations naturalistes et le refuge animal local.
Le projet vise à répondre à trois questions fondamentales :
Pour chaque site, les données récoltées doivent permettre d’obtenir : le nombre d’activités et leur localisation, l’identification des activités les plus dérangeantes, les informations sur les oiseaux présents (effectifs, espèces, localisation) et la cartographie des zones d’interaction entre activités humaines et oiseaux.
Le projet a été préparé lors d’un temps d’échanges le 24 novembre 2025, réunissant des représentants des structures partenaires. Un échange complémentaire en visioconférence a été organisé le 6 janvier 2026 pour faire un dernier point sur le protocole avant la première session.
Le protocole détaillé, les tableaux de suivi vierges (scan dérangement et scan oiseaux) et les cartes des secteurs d’observation ont été mis à disposition des bénévoles via l’espace d’échanges Natura 2000 dédié. Chaque bénévole a pu s’inscrire sur les créneaux de deux heures de son choix via un tableur collaboratif en ligne.
Les trois sessions se sont déroulées entre janvier et février 2026, mobilisant au total plus de 40 bénévoles associés à des salariés. La présence simultanée d’observateurs sur l’ensemble des sites a permis non seulement de documenter les interactions sur chaque secteur, mais aussi d’estimer la proportion du territoire disponible, à un instant donné, en tant que zone de quiétude pour les oiseaux d’eau.
Les perspectives : de l’observation à l’action
Les données récoltées lors de ces trois sessions permettront de dresser une vision globale des secteurs les plus fréquentés par l’avifaune, des activités humaines sur chaque secteur, et des principales zones d’interaction entre les deux. Cet état des lieux servira de base pour proposer des actions de gestion adaptées à chaque secteur, mises en place en priorité sur les zones identifiées comme les plus problématiques.
Parmi les mesures envisagées :
Ce projet n’aurait pas été possible sans l’engagement remarquable d’une quarantaine de bénévoles qui, par leur présence assidue sur le terrain, ont contribué à produire des données précieuses pour la conservation des oiseaux d’eau hivernants de la baie de Lancieux et de la baie de l’Arguenon. Leur mobilisation témoigne de l’attachement des habitants du territoire à la préservation de leur patrimoine naturel et de la vitalité du réseau associatif local.
Une réunion de bilan est prévue pour clôturer le projet, permettant de mutualiser les observations et les idées de chacun sur les actions à mener après la publication des résultats : sensibilisation, projets avec les écoles, intégration de nouvelles zones d’observation, etc.
Rédaction : Michel Arnould