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L’humain qui fait mouche : portrait d’un salarié

cormorans huppés (Corentin Kermarrec)

L’humain qui fait mouche : portrait d’un salarié

Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Bonjour, je m’appelle Bernard Cadiou et je suis ornithologue spécialisé dans les oiseaux marins. 

Un petit fun fact sur toi ? 

D’origine rurale, je me baladais dans les bois et dans les champs avant de travailler en milieu marin, c’est pour ça que j’ai des bottes vertes et pas des bottes bleues  !

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Depuis combien de temps tu es là ? 

J’ai un parcours universitaire et je suis titulaire d’un doctorat en biologie. J’ai travaillé pour Bretagne Vivante (la SEPNB à l’époque) durant un été à la fin des années 1980 pour un tour de Bretagne d’animations nature, puis je suis arrivé comme objecteur de conscience en 1994 et je suis salarié depuis 1996.

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Concrètement, qu’est-ce que tu fais à Bretagne Vivante ? 

Je suis un « oisomarinologue », un ornithologue qui travaille sur les oiseaux marins. Je réalise ou je coordonne des inventaires et des études, qui reposent sur de l’observation, sur de la capture d’oiseaux pour les baguer, ou pour les équiper d’appareils électroniques miniaturisés pour suivre leurs déplacements. Après le travail de terrain, il faut faire la saisie et l’analyse des données, et rédiger les rapports. 

Mon travail consiste aussi à valoriser ces données, par des publications de vulgarisation ou des publications scientifiques, mais aussi en participant à des colloques en France ou à l’étranger. Et il ne faut pas oublier non plus le temps passé à la recherche de financements et les réponses à des appels à projets.

Est-ce que tu peux nous parler d’une action ou mission qui t’a marqué ?

Depuis toutes ces années passées avec les oiseaux marins, il y a eu pas mal de choses marquantes. Je vais en citer deux.

La première, c’est la marée noire de l’Erika en décembre 1999, qui m’a mobilisé pendant plusieurs mois, comme d’autres collègues, pour différentes actions liées aux centres de soins, aux opérations de relâcher des oiseaux, à la coordination de la collecte de données comme pour les oiseaux bagués par exemple. Et ensuite j’ai coordonné des études sur l’impact de la marée noire sur différentes espèces sur la période 2020-2022, avec une série de rapports publiés en 2023.

L’autre action marquante, c’est plus récent, c’est en juin 2020, quand j’ai équipé pour la première fois les océanites tempêtes de l’archipel de Molène avec des GPS miniaturisés. Je n’avais alors aucune idée de la localisation de leurs zones d’alimentation. Une fois le tout premier appareil récupéré et les données téléchargées, j’étais devant mon ordinateur et c’était le suspens quand j’ai cliqué pour voir apparaître le trajet de l’oiseau et découvrir qu’il était allé s’alimenter au niveau de la zone des canyons sous-marins en bordure du plateau continental, qui se trouve au sud-ouest de la pointe bretonne, et qui se situe à environ 200 km de la colonie.

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Qu’est-ce que tu retires de tes missions ? 

J’ai la chance de travailler dans la nature, dans des lieux qui sont loin d’être moches, comme l’archipel de Molène ou le cap Fréhel par exemple, mais il ne faut pas croire que l’on travaille toujours avec des super conditions météo. Toutes les données que l’on collecte sur les oiseaux marins, sur leur démographie ou leur écologie alimentaire, aident à comprendre les raisons des évolutions observées, qu’il s’agisse d’augmentations ou de diminutions, et permettent de proposer des mesures pour tenter d’améliorer leur statut de conservation. Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique en cours, nous assistons en direct à des répercussions sur les oiseaux marins, et les conséquences à court, moyen ou long terme de ces phénomènes nouveaux sur ces espèces ne sont pas encore connues avec précision, d’où l’importance de continuer à les étudier.

Un message que tu voudrais transmettre au grand public ?

Rappeler qu’au bord de la mer il n’y a pas que des mouettes, et que les oiseaux marins font malheureusement partie des espèces fortement impactées par les activités humaines à l’échelle mondiale.

Merci Bernard pour ton témoignage !