mardi 14 avril 2020

TRIBUNE : Le confinement un bienfait pour la nature ?

Bretegne

Le confinement un bienfait pour la nature ?

C’est une petite musique lancinante que l’on entend régulièrement depuis le confinement, la nature reprend ses droits, on entend de nouveau les oiseaux, … .
Mais qu’en est-il réellement, les sites « naturels » habituellement fréquentés pour les loisirs voient leur fréquentation fortement réduite, sur ces sites en effet les espèces subissent moins de dérangements et peuvent poursuivre leur vie dans des conditions apaisées. C’est particulièrement le cas pour les sites habituellement chassés qui voient une paix s’instaurer et un stress réduit.  Donc oui sur ces sites, la faune et  la flore qui ont réussi à résister aux agressions habituelles poursuivent leur cycle de vie mais que se passera-t-il lors du déconfinement, chasses et dérangements reviendront de plus belle et la faune et la flore pourraient subir un contrecoup important, ayant modifié leurs comportements et ayant baissé la garde.
On peut imaginer aussi que certaines espèces pourraient reconquérir certains espaces, mais pour l’instant ce n’est qu’imaginaire, la reconquête ne peut avoir lieu que sur un temps long, au fil des générations, les quelques semaines de confinement apparaissent ici comme un répit accordé.
Dans ces conditions, il serait nécessaire de réfléchir dès aujourd’hui  l’ouverture aux publics de certains sites notamment pour les activités fortement impactantes si on veut réellement permettre à la nature de reprendre une petite partie de ses droits.
Mais que se passe-t-il sur le reste du territoire qui représente la plus grande partie de nos communes?  Et bien non, là, tout ne s’est pas arrêté, les activités agricoles se poursuivent. En ce moment la pleine saison des épandages d’engrais et des traitements chimiques bat son plein. L’agriculture industrielle, loin de se remettre en cause, accélère : diminution des distances de traitement aux abords des habitations, traitement des champs aux glyphosates, épandage d’engrais chimique, épandage des lisiers effluents de l’élevage industriel, traitement fongique sur les blés, …  induisant une pollution de l’air manifeste ayant des répercussions sur la santé pour l’homme (notamment respiratoire) mais aussi pour son environnement. Ces épandages et traitements induisent une importante pollution de l’eau et des sols faisant disparaître la biodiversité. Alors si vous avez la chance d’habiter la campagne, garder aussi votre masque lors de vos balades !
À quand une nouvelle révolution agricole prônant l’agroécologie ?
Un impact réel visible est la baisse de la circulation, même si tout, là encore, ne s’est pas arrêté. Lors de mes déplacements professionnels je continue à voir des hérissons, blaireaux et autres espèces sauvages écrasés sur les routes… .  Mais oui la diminution du trafic routier nous permet à nouveau d’entendre le chant des oiseaux, mais il ne faut pas s’y tromper, ce ne sont pas les oiseaux qui sont revenus, c’est juste le chant des derniers résistants qu’aujourd’hui nous pouvons entendre.  Alors espérons que ce chant touche nos cœurs et que nous ayons le courage demain de réinterroger nos pratiques de loisirs et le modèle agricole dominant car sans biodiversité l’homme est seul !
Si être humain c’est aussi s’interroger, alors prenons ce temps de ce confinement pour le faire et demain faisons des choix pour vivre parmi cette diversité en équilibre.

Philippe Frin
Secrétaire Général de Bretagne Vivante