jeudi 7 mai 2020

TRIBUNE : L’enfant, la nature et le... (dé)confinement

Bretagne

L’enfant, la nature et le... (dé)confinement

 

Deux mois, deux longs mois pendant lesquels les enfants ont été confinés, enfermés pour certains dans de tout petits espaces, avec un providentiel jardin pour d’autres, et pour un nombre important, confiés aux griffes implacables des écrans. Un monde virtuel, dégoulinant d’images toutes parfaitement éloignées de la réalité. Et même si ces images sont celles d’un magnifique documentaire animalier, elles n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité de la nature qui nous entoure, de la nature accessible à tous.

Alors, ce confinement, sans nul doute nécessaire pour lutter contre la propagation du virus a éloigné les enfants (et les adultes) de la nature, de l’extérieur. Ils se sont retrouvés d’un seul coup « exilés du dehors »[1]. Cette situation est préjudiciable à plus d’un titre pour les enfants. En effet, de très nombreuses recherches, des pédagogues, des éducateur.rice.s, des enseignant.e.s et des journalistes ont mis en évidence la nécessité du contact régulier avec la nature. « Le contact avec le dehors permet aux enfants et adultes de se sentir bien, d’avoir confiance en eux, de gagner en autonomie et en créativité, d’être en meilleure santé et moins stressés. Il développe le goût de la coopération avec les autres et une certaine empathie envers la biodiversité et la planète Terre. L’éducation à la nature permet aussi l’acquisition de connaissances sur le monde vivant et l’établissement d’un lien affectif fort entre les personnes et leur environnement. Elle transforme ainsi notre rapport au monde et construit une société plus respectueuse des écosystèmes et des cycles naturels[2] ». 

Voilà les « dégâts » que pourrait occasionner le confinement sur les enfants. Ils auront accumulé du stress, de l'anxiété, voire développé des troubles de l'attention [...] » explique Jacques Lachambre, directeur de l'association Éducation Environnement 64.

Et voilà qu’arrive le moment du déconfinement, le retour progressif à l’école en petit groupe, un retour à l’école qui s’accompagne d’un cortège de recommandations pas facile à tenir pour des enseignant.e.s qui ressentent également stress et anxiété.

Et si c’était l’occasion de sortir un peu de l’espace-classe, d’alterner le dedans et le dehors, de profiter des espaces autour de l’école pour, déjà, faciliter la distanciation, pour respirer un air qui circule librement, pour vivre pleinement et sereinement le déconfinement, pour retrouver le bonheur d’être libre de marcher, de s’asseoir sur l’herbe, à l’ombre d’un petit bois ou au bord d’un ruisseau. Cela ne remet nullement en cause les programmes ou les objectifs de compétences définis par l’Éducation Nationale. Il s’agit simplement de profiter de la nature comme terrain d’apprentissage formidable, sans cesse renouveler, réel. « Il est temps de prendre la nature au sérieux en tant que ressource d'apprentissage et de développement. Il est temps d'intégrer la nature et la pédagogie basée sur la nature dans l'éducation formelle - pour étendre les efforts existants et isolés à des pratiques de plus en plus courantes »[3]. Plusieurs pays européens ont déjà opté en cette période de déconfinement pour l’école dehors. C’est le cas du Danemark. Les enseignants profitent des espaces autour de l’école pour se retrouver, pour faire autrement, pour être bien ensemble sans être enfermé[4].

Toute l’année, les éducateur.rice.s à la nature de Bretagne Vivante accompagnent des classes dans la découverte de la nature, dans un processus de reconnexion au vivant en proposant des approches pédagogiques permettant de vivre des expériences riches et variées. Ils sont également des appuis importants dans la mise en œuvre de projets de classes autour de la nature et du territoire. Durant cette période de déconfinement, malgré les difficultés matérielles et logistiques qu’elle engendre, Bretagne Vivante souhaite accompagner les enseignant.e.s pour poursuivre, réinventer ou entamer une approche de la nature dans les meilleures conditions. La nature n’est jamais très loin, il suffit parfois de sortir de la classe ou de l’enceinte scolaire pour trouver un petit bout de nature dans lequel on va pouvoir se retrouver, écouter les oiseaux chanter, s’asseoir au pied d’un arbre et rêver, dessiner, créer ou pour des apprentissages plus scolaires.

Durant toute la période de confinement, les éducateur.rice.s de Bretagne Vivante ont proposé une continuité pédagogique aux enseignant.e.s pour permettre aux enfants de réaliser des activités de nature, pour poursuivre la découverte, pour développer leur curiosité et leur attachement à la nature. Maintenant que vient l’heure de sortir, osons ensemble poursuivre ce chemin. Bretagne Vivante aux cotés des enseignant.e.s, des communes, des parents et des enfants.

N’est-ce pas aussi l’occasion de repenser les cours d’école, de réinterroger la place de la nature dans l’école ? Faire la classe dehors, à proximité de l’école voire dans l’école mais hors l’espace-classe nécessite un environnement riche, "débitumé" dans lequel les expériences de nature pourront être des plus profitables.

Pour un droit à la nature, un droit à une éducation à la nature pour tous.

 

Depuis toujours Bretagne Vivante et les autres acteurs de l’éducation à la nature défendent une éducation dehors, au contact avec la nature, le vivant, l’espace. Nous le défendons car nous sommes convaincus que la démultiplication des expériences de nature, que la découverte du vivant sont nécessaires pour le bien-être, le bien-vivre et le respect de l’humain et du non-humain. C’est d’ailleurs pour promouvoir et développer l’éducation à la nature dehors, qu’un plan d’action régional a été édité en 2019[5].

 

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[1] Tribune « Après le confinement, apprenons dehors ! » du Réseau École et Nature, de l’IFREE et de la Dynamique Sortir ! http://reseauecoleetnature.org/system/files/tribune-apres-le_confinement-apprenons-dehors.pdf

[2] Dimitri de Boissieu, « l’éducation à la nature est primordiale, finançons-la ! » https://reporterre.net/L-education-a-la-nature-est-primordiale-financons-la

[3] Kuo Ming, Barnes Michael et Jordan Catherine, « Do Experiences With Nature Promote Learning? Converging Evidence of a Cause-and-Effect Relationship », Frontiers in Psychology, vol. 10, 2019.

[4]https://www.ouest-france.fr/europe/danemark/video-deconfinement-au-danemark-l-ecole-se-fait-l-exterieur-6822128

[5] REEB, Ubapar et Bretagne Vivante : https://fr.calameo.com/read/0017205944dcf2ef470e7