mardi 8 février 2022

One Ocean Summit - Zoom sur les enjeux de conservation des fonds marins

Bretagne

Les enjeux de conservation de la biodiversité des fonds marins

 

Les grands fonds marins regorgent de ressources minérales (nickel, or, thallium, cobalt, manganèse, argent, lithium, zinc...) et la demande mondiale pour celles-ci ne devrait cesser de croître dans les 20 prochaines années. Annoncé en octobre 2021, le plan France Relance prévoit ainsi 310 M€ dédiés à l’exploration des fonds marins et de ses ressources minérales. 

Il est ainsi indispensable de s’interroger sur les impacts de l'exploitation des écosystèmes et les habitats profonds (au-delà de 200 mètres, ils représentent environ 66% de la surface de la planète). Loin d’être désertiques comme on l’a longtemps imaginé, ils abritent divers écosystèmes ayant une biodiversité fragile et encore très méconnue.  

La voix de Bretagne Vivante

En tant qu’association de protection de la nature, Bretagne Vivante souligne l’importance de la conservation et la protection des écosystèmes marins profonds dont nous ne comprenons pas vraiment le fonctionnement
L’association dénonce le fait que les enjeux socio-économiques prévalent généralement sur les enjeux de conservation et de protection des milieux. Leur identification génétique est loin d’être complète, mais l’on sait que ce sont des hotspots de biodiversité.
Les mesures doivent alors être adaptées au regard des enjeux de perte de biodiversité : le principe de précaution doit prévaloir.

Ce que Bretagne Vivante demande :

1. Protéger les grands fonds, mieux les connaître en obtenant encore au moins 10 années d’acquisition de données scientifiques supplémentaires.

Bretagne Vivante demande aux politiques du temps pour acquérir de la connaissance scientifique. Il faut aussi mener une réflexion sur l’exploration des grands fonds la moins impactante possible et soutenir la recherche sur cette biodiversité. Il est nécessaire de mieux en comprendre les fonctionnalités au sein des écosystèmes.

2. Que les explorations soient tournées vers la préservation de la ressource globale (biomasse, captation du carbone) plutôt que sur une exploitation forcée de minerais avec des impacts en cascade non maîtrisés.

Le principe de précaution, l’approche basée sur les écosystèmes et le principe du pollueur-payeur doivent être mis en œuvre.

3. Un encadrement juridique au plan national et international ambitieux pour l'accès et l'exploration des grands fonds : la haute mer, comme zone de droit Pour assurer un accès durable et équitable aux ressources minérales, il est urgent de préciser la législation internationale en veillant à tenir compte des droits des pays riverains et à garantir l’accès à tous aux zones internationales (notamment pour les permis miniers).

C'est à  l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui a déjà approuvé 30 licences pour l’exploitation des ressources minérales de fonds marins, qu’il revient d’organiser et de promouvoir l’exploitation durable des fonds marins et de protéger ce milieu  des effets préjudiciables de cette exploitation.

 

4. La mise en place d'une véritable économie circulaire (recyclabilité, réemploi, réparation) Pour réduire la demande sur les ressources en métaux notamment pour les objets high-tech. 

Bretagne Vivante, association de protection de la nature ayant une ADN scientifique soutient le milieu de la recherche (CNRS & Ifremer) et exige qu’une réflexion soit menée face à cet accroissement de la demande mondiale en métaux en lien avec le moratoire proposé par l’UICN pour protéger le milieu marin des effets préjudiciables de choix d’exploitation.

L’océan doit pouvoir jouer son rôle de régulateur du climat et pour ce, les fonds marins doivent être sanctuarisés. 

 

Mobilisation inter-associative : Bretagne Vivant signataire de la lettre ouverte "Rise Up"

Bretagne Vivante est signataire d'une lettre ouverte  demandant au président Emmanuel Macron, dans une lettre ouverte reproduite ci dessous, « de garantir qu’un traité ambitieux soit conclu pour protéger la vie marine dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale dans le cadre des Nations Unies en 2022. »

« Monsieur Le Président,

Nous, les organisations françaises soussignées, unissons nos voix pour vous demander de prendre toutes les mesures et les dispositions nécessaires afin de garantir qu’un traité ambitieux soit conclu pour protéger la vie marine dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale dans le cadre des Nations Unies en 2022.

La haute mer, qui représente près de la moitié de la surface de la planète, est essentielle pour toute vie sur terre, mais se voit menacée du fait d’une absence de gouvernance et de protections vitales à sa survie.

La voix de la France est l’une des plus progressistes au sein de l’Union Européenne (UE) à ce sujet, et l’UE s’est engagée à défendre un traité « ambitieux ». Pourtant, cette ambition manque de se traduire dans les propositions avancées par l’UE lors des négociations à l’Onu. Les principales questions de fond portées par l’UE sont actuellement en deçà de l’action transformatrice audacieuse et nécessaire pour assurer un océan sain à l’avenir.

La France peut et doit jouer un rôle clé par votre leadership.

Des détails déterminants garants de l’efficacité de ce nouveau traité

Nous exhortons la France à travailler avec les autres États membres de l’UE et la Commission européenne, pour garantir que les promesses s’agissant de conclure un traité ambitieux soient concrétisées dans les détails déterminants suivants, garants de l’efficacité de ce nouveau traité :

1. Aires Marines Protégées (AMP) : L’organe décisionnel du traité doit être habilité à décider de « mesures de gestion », y compris concernant l’établissement et la gestion efficace d’un réseau d’AMP. Cette disposition permettra de combler les lacunes des organisations régionales ou sectorielles existantes qui n’ont pas la conservation de la biodiversité comme mandat principal et qui sont actuellement incapables de faire face aux impacts cumulatifs et intersectoriels des activités humaines, dont le changement climatique en haute mer fait partie.

2. Études d’impact sur l’environnement (EIE) : Il est impératif que le traité : adopte le principe de précaution et utilise des seuils stricts pour déterminer quand une EIE (étude d’impact sur l’environnement) doit être entreprise ; établisse une norme uniforme mondiale pour toutes les activités en haute mer ; prévoit un examen scientifique approprié des EIE par tous les pays et les parties prenantes par l’intermédiaire d’un organisme scientifique établi par le traité ; autorise tous les États membres du traité, via la COP, à décider si une activité proposée pouvant avoir un impact sur les biens communs mondiaux peut avoir lieu ;

3. Ressources génétiques marines, renforcement des capacités et transfert de technologies marines : Il est nécessaire de veiller à ce que des offres justes et crédibles ainsi qu’un mécanisme de financement efficace soient proposés aux pays en développement, afin de répondre à leurs besoins et pour que ces pays puissent bénéficier équitablement de l’utilisation durable de la diversité biologique marine.

Ne pas laisser deux décennies de discussions aboutir au statu quo

La France a affiché sa volonté de défendre activement l’océan en s’engageant à accueillir le One Ocean Summit à Brest en février 2022. À l’approche du prochain cycle de négociations décisives sur les traités en mars 2022, les signataires de cette lettre ouverte exhortons la France à mener de front les discussions avec l’UE afin que celle-ci s’accorde à prendre les décisions politiques courageuses sur les thèmes mentionnés ci-dessus.

Nous ne devons pas laisser deux décennies de discussions aboutir au maintien du statu quo, au contraire. Nous devons nous assurer qu’elles apportent le changement transformateur nécessaire pour faire face aux urgences auxquelles l’océan est confronté. Nous appelons la France à faire preuve de détermination politique afin d’élever le niveau d’ambition nécessaire pour restaurer la santé de nos océans.»

Lettre ouverte Rise Up en pdf

Les signataires : Jean François Julliard, Directeur général de Greenpeace France ; Jacqueline Délia Brémond, Présidente Déléguée de Fondation Ensemble ; André Abreu, Responsable de la politique internationale chez Fondation Tara Océan ; Frédéric Le Manach, Directeur Scientifique de BLOOM ; Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement ; Patrick Deixonne, Membre de la société des explorateurs français ; David Germain-Robin, Directeur de Ifaw France ; Thomas Lesage, Fondateur de Children for the Oceans ; Gwénola Kervingant, Présidente de Bretagne Vivante ; Collectif Extinction Rebellion Brest ; Malaury Morin, Co-fondatrice & Scénariste-Reporter de Blutopia ; Pôle Actions et Lobbying citoyens, Citoyens pour le Climat ; Muriel Arnal, Présidente fondatrice de One Voice ; Manon Goffart et Thibaut Prévost, Co-présidents chez Les Climat’Optimistes ; Yvan Griboval, Président OceanoScientific France & Monaco ; Simon Bernard, CEO & Co-fondateur de Plastic Odyssey, François Frey, Président chez Esprit de VELOX ; Pascale Moehrle, Directrice Exécutive, Oceana ; Bruno Dumontet, Directeur et fondateur chez Expédition MED ; Aurélie Dubois, Déléguée Générale RespectOcean ; Anne-Sophie Roux, Fondatrice & CEO ; Emmanuelle Périé-Bardout, Fondatrice Under The Pole ; David Sussmann, Président Pure Ocean Fund ; Apoline Zahorka, Co-présidente de Juste 2.0°C ; Jacques Pérennès, Représentant de AE2D ; Anne Tessier, Directrice Générale Déléguée de Marepolis ; Anne-Sophie Roux, Représentante France de SOA ; Martin Laurent, Fondateur de Neographic Digital.