mercredi 19 septembre 2018

Mor Braz : un patrimoine naturel exceptionnel - Zoom sur le puffin des Baléares, oiseau très rare au large du Morbihan

Bretagne

Bretagne Vivante a embarqué ce samedi 15 septembre 70 personnes à bord du navire L’Angelus IV, afin de sensibiliser le grand public à la richesse naturelle du Mor Braz. En effet, cette partie de l’Océan Atlantique située au large du Morbihan est riche en mammifères marins mais est également un lieu extrêmement important pour des oiseaux en voie de disparition. Rencontre avec l’un d’entre eux, le puffin des Baléares.

Le puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus) était encore très présent ce week-end dans le Mor Braz, avec près de 1 000 individus observés dans la journée. Les plaisanciers comme les pêcheurs croisent cet oiseau sans savoir que l’espèce est extrêmement rare. Mais comment le reconnaître ? « C’est un oiseau pélagique au plumage sombre, de taille et d'allure sobre, mais au combien remarquable par ses adaptations à la vie en mer, explique Yves Blat, ornithologue bénévole de Bretagne Vivante. Parce qu'il surfe avec une précision remarquable au raz des vagues, battant des ailes dans la houle et usant du moindre souffle de vent, parce qu'il désalinise l'eau par ses narines tubulaires pour ne pas mourir de soif, parce qu'étant grégaire, il offre des scènes de vie parfois grouillante au milieu de l'immensité maritime figée ».

La population mondiale de l’espèce est estimée entre 20 000 et 25 000 oiseaux, qui nichent sur quelques falaises inaccessibles de Formentera dans l'Archipel des îles Baléares. Elle est inscrite sur la liste rouge de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) comme étant en danger critique d'extinction. Pourtant, dans le Mor Braz, au large du Morbihan, on peut parfois observer plus de mille oiseaux derrière le même chalutier ! L’effectif global de l’espèce dans le Mor Braz dépasse sans doute les 3 000 à 4 000 individus (au moins au début des années 2010).

Mais que vient-il faire en Bretagne ? « Ce pêcheur infatigable, explique Yves Blat, apprécie les conditions estuariennes du Mor Braz, riche en éléments trophiques et donc en petits poissons, crustacés, etc. Le puffin des Baléares, c'est comme le baromètre du Mor Braz : s'il est sur zone, il remplit l'espace, attire d'autres espèces… C'est une bonne journée d'observation qui s'annonce pour les ornithologues. Dans le cas contraire, ça risque d'être long sur le bateau ! »

Hélas, la richesse alimentaire du Mor Braz semble elle aussi menacée. L'érosion constatées des ressources met-elle en péril le stationnement automnal remarquable de cette espèce au large du Morbihan ? En effet, les effectifs du puffin des Baléares dans cette zone continuent de diminuer, malgré un classement de ce territoire maritime en site Natura 2000. « Son déclin est-il multi-causal ? Autant qu'inéluctable ?, s’interroge l’ornithologue. Nous manquons encore de réponses, mais l’inquiétude est réelle. »

L’éventuelle disparition de l’espèce du Mor Braz s'accompagnera-t-elle des désaffections d'autres espèces remarquables chez les oiseaux de mer (grands puffins, mouettes de Sabines…) ? En effet, le Mor Braz est la seule escale régulière en France de la rare Mouette de Sabine. Il est également un lieu de prédilection des océanites tempêtes qui viennent muer ici par centaines en fin d’été. Tout comme l’eider à duvet, canard marin réputé pour la douceur de ses plumes dont c’est quasiment le seul lieu de reproduction en France.

Le Mor Braz reste fragile. Sa richesse est liée aux apports d'eau des fleuves Loire et Vilaine, qui dopent la production primaire, mais sont également sources de polluants. La conservation de ces espèces près de nos côtes passe par la préservation de cet écosystème remarquable et dont le fonctionnement reste en partie mal connu. La création du barrage d’Arzal, un peu en amont de l’estuaire de la Vilaine a modifié probablement les sédiments de cette partie du Mor Braz. La diminution des espèces que l’on constate ici laisse présager que les conditions d’alimentation n’y sont plus optimales.

En mer aussi, n’oublions pas notre patrimoine naturel breton, si compliqué à préserver et à restaurer.

Découvrir la vidéo de France Ouest sur la sortie