mercredi 2 janvier 2019

La Chronique du climat - Janvier 2019

Bretagne et ailleurs

Urgence climatique : COP24 insuffisante et perspectives de plus en plus inquiétantes

Janvier 2019

Décembre a été marqué par la COP24, destinée à fixer les règles de suivi et d’évaluation de l’accord de Paris pour les 196 pays signataires. Les scientifiques du GIEC, à l’issue de leur dernier rapport relatif à l’objectif 1°5 (c'est-à-dire rester sous les 1°5 de hausse moyenne de température planétaire par rapport à l’époque pré-industrielle) espéraient que cette COP24 serait aussi l’occasion de rehausser les ambitions en matière de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Mais les désaccords de certains pays (fournisseurs et profiteurs d’énergies fossiles), et les frilosités de certains autres, ont enrayé la mécanique. Une lourde responsabilité. Car si une partie des populations ne perçoit pas encore l’ampleur et la gravité de ce qui nous attend, il est confirmé aujourd’hui que l’impact de la dérive climatique sur l’humanité et sur le monde vivant dans son ensemble sera dramatique.

Tandis que les résultats mitigés de cette COP24 nous parvenaient, de nouvelles publications de la communauté scientifique nous alertaient sur les changements à venir. Ainsi, avec la poursuite des émissions actuelles  de  GES  les  simulations  effectuées  par  une  équipe  de  chercheurs permettent d’établir que le climat futur vers 2030 serait analogue à celui du milieu du Pliocène, une époque géologique de l’ère Cénozoïque, vers 3 millions d’années avant nous. Et qu’en 2150 le climat ayant continué à évoluer serait comparable à celui de l’Eocène (vers -50 millions d’années)(1).

Même s’il s’agit du plus inquiétant des quatre scénarios du GIEC, il faut avoir à l’esprit qu’actuellement la tendance ne s’écarte guère de ce scénario, et ce, malgré tous les avertissements lancés maintenant par de multiples chercheurs depuis presque un demi-siècle.

Parallèlement, trois chercheurs des universités du Texas et de Californie (2), tenant compte de l’inertie des décisions politiques des nations et de l’inertie climatique et économique, ainsi que de divers facteurs physiques, estiment que la courbe d’augmentation moyenne des températures mondiales sera plus forte que prévu à court terme. Le seuil des 2°C pourrait être atteint dès 2050, et celui des 1°5 C dès 2030. Ils préconisent d’accélérer la mise en œuvre des mesures nécessaires pour limiter le réchauffement et ses conséquences.

Parmi ces mesures, la réduction de Gaz à Effets de Serre autres que le CO2 serait une opportunité intéressante car le méthane, ou les HFC, s’éliminent plus vite que le CO2 mais sont encore plus actifs, bien qu’en moindre proportion dans l’atmosphère, que le CO2.

En ce qui concerne les conséquences du changement climatique, une autre équipe rassemblant 23 chercheurs de l’Université d’Hawaï (3) a recensé 467 événements susceptibles d’affecter l’humanité par suite du changement climatique et qui sont déjà localement observés. Leur prospective, établie pour trois des scénarios du GIEC, montre qu’en 2100, certaines zones du globe seront inévitablement concernées par plusieurs de ces événements. Et dans le cas où la tendance actuelle des émissions de GES se poursuit durant les prochaines décennies (scénario pessimiste ?) la moitié de la population mondiale subira au moins trois catégories d’impacts  simultanément  chaque  année.  Savoir si l’humanité est capable d’affronter simultanément des ensembles de conséquences dommageables de grande ampleur est une question majeure.

Une autre alerte nous vient des observations satellites des glaciers de l’Antarctique (4). Il semble en effet qu’après l’accélération de la fonte des glaciers côté Ouest, un phénomène identique soit en passe d’être confirmé côté Est, considéré jusqu’à présent comme stable. Une déstabilisation massive de la calotte glaciaire Antarctique  renforcerait  le  « scénario  catastrophe »  d’une  montée  rapide  et considérable du niveau des mers (plusieurs mètres et même, à long terme, au minimum plusieurs dizaines de mètres). Cette montée se poursuivrait alors pendant des millénaires.

Ainsi, sans même qu’apparemment la communauté internationale ait réussi à s’entendre à la fin de la COP24 sur des réponses à la hauteur des enjeux, les prévisions inquiétantes s’accumulent. Raison de plus pour que chaque « citoyen » s’engage à son niveau pour informer, sensibiliser, et agir dans le sens d’une sobriété carbone.

 

Michel DANAIS, Ingénieur écologue 

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(1) Burke et al., PNAS, 10 dec. 2018

(2) Xu, Ramanathan et Victor, Nature, vol.564, 6 dec. 2018

(3) Mora et al., Nature Climate Change, 19 nov. 2018

(4) NASA, Global Climate Change, 10 déc.2018