lundi 9 septembre 2019

La Chronique du climat

Bretagne et ailleurs

>> Septembre 2019 

Climat : les murs se rapprochent 

Si nous regardons les choses en face, l’été ne nous a pas laissé de repos.
Différentes sources scientifiques émettent l’hypothèse que les rétroactions d’emballement climatique sont déjà en cours (liées par exemple à la fonte du permafrost, qui est plus rapide que projeté, ou à l’assèchement des biomes forestiers, et au ralentissement de l’activité photosynthétique constaté à partir des années 2000).
Le seuil des 1,5°C au-dessus de la température moyenne globale pré-industrielle se rapproche aussi...
Ce qui engendre inévitablement un peu de pessimisme, chez les climatologues.
À moins que nous ne prenions des mesures drastiques, pour éviter d’avoir en 2050 des canicules invivables. Mais dès à présent, le drame de l’Amazonie et des Bahamas doit nous laisser imaginer ce que risque d’être le futur pour bien des gens. Ainsi ce sont des millions de réfugiés climatiques que l’ONU ou la Banque mondiale nous font craindre.
L’avantage de l’esprit humain est qu’il peut se saisir d’une telle situation anxiogène pour en faire un moteur de combat et d’engagement. Telle pourrait être pour chacun de nous la « meilleure attitude » dans le cas présent. En tout cas, la plus saine.

  

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>> Août 2019

Un été chaud, un rendez-vous en septembre

Les épisodes de phénomènes extrêmes se font plus fréquents et plus intenses, en France et ailleurs dans le monde. La communauté scientifique continue de constater, projeter et analyser un dérèglement climatique largement annoncé depuis plus de 30 ans mais qui s’aggrave encore plus vite que prévu.

Yann Arthus-Bertrand déclare que « la religion de la croissance est en train de tuer la vie sur terre », et c’est bien ce que nous laisse penser le dernier bilan de l’UICN qui ajoute 7000 espèces au lot des plus de 100000 menacées d’extinction. Le dérèglement climatique y contribue. Mais l’activité économique elle-même commence à sérieusement subir les contrecoups du changement climatique. En première ligne l’agriculture. Dans d’autres pays les inondations ou les canicules inusitées touchent déjà des millions de gens.

Nous, français, et bretons aussi, sommes concernés parce que le citoyen doit faire sa part, mais les politiques ne seront pas oubliés. C’est aussi le sens de la mobilisation des jeunes pour le climat (Youthforclimate) qui ont été invités avec Greta Thunberg à l’Assemblée nationale le 23 juillet, ainsi que Valérie Masson-Delmotte Vice-présidente du GIEC. Les jeunes prévoient une nouvelle grève mondiale pour le climat qui doit être une grève générale le 20 septembre prochain, et nous interpellent tous, simples citoyens ou députés, sénateurs, gouvernants, décideurs économiques, à donner suite à un constat alarmant tel que le présentent les scénarios du GIEC, ou bien au regard des bilans et préconisations du récent rapport du Haut Conseil pour le Climat, organe d’experts indépendant.

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>> Juillet 2019

Des changements devant nos yeux 

Les signaux du dérèglement climatique se multiplient. L’Inde sous la canicule extrême, la France frappée d’orages nombreux et parfois violents, après un début juin frais et humide dans l’Ouest et le Nord...qui semble révéler aussi l’autre face (cachée ?) du changement climatique.

Le changement climatique altère l’abondance et la distribution des espèces marines, et donc la structure et le fonctionnement des écosystèmes marins. Il modifie déjà nombre d’écosystèmes terrestres, comme le montrent les observations sur des espèces animales et végétales, y compris en Bretagne.

Les émissions de GES augmentent toujours au niveau mondial : le titanic continue sa route...Et même, encore plus vite ! Dans cette cour de récréation, notre pays n’est pas exemplaire et les mesures nécessaires vont devoir se multiplier. Les discours évoluent, les actes moins, 40 ONG le constatent encore récemment.

  

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>> Juin 2019

Plus de raisons d'agir, et vite ! 

Les récents bilans s’accumulent en matière de changement climatique et tous confirment que la situation s’aggrave, s’accélère, sur tous les fronts :  augmentation des températures, fonte des glaciers des Alpes et du monde entier, et de la calotte glaciaire groenlandaise,  diminution de productivité du plancton marin...
L’ONU ne cesse de tirer la sonnette d’alarme, nous allons à la catastrophe et nous devons rehausser les ambitions de la politique de transition énergétique. C’est également le cas en matière de biodiversité sur laquelle l’IPBES a remis son rapport, le changement climatique étant en 3ème position sur la liste des éléments dévastateurs. 
Mais, à tous les niveaux les réponses tardent à venir, ce qui laisse à charge des prochains organes politiques et décideurs une plus lourde responsabilité, et ce qui motive l’émergence de mouvements activistes de plus en plus entreprenants, qui ont le soutien de nombreux experts. 
On n’a plus trop le temps...

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>> Mai 2019

Sombres nuages et dame nature en feu 

A l’image de l’incendie qui a dévasté Notre Dame de Paris, la Nature s’effondre un peu plus chaque jour qui passe. La dérive climatique joue déjà à fond dans ce sens. Malgré les avertissements réitérés des scientifiques et des activistes comme Greta Thunberg, les engagements des sociétés humaines se font attendre pour le climat.
Emballement dû au dégel du permafrost avec libération de méthane et d’oxyde nitreux, poursuite des émissions de CO2 et autres GES, impacts sur la biodiversité, ne sont guère contrebalancés par les quelques bonnes nouvelles disponibles. Les répercussions sur la production alimentaire mondiale sont annoncées. Quant à la biodiversité, nous suivrons de près la réunion du « GIEC de la biodiversité » (IPBES) du 29 avril au 4 mai en France.
Les suivis naturalistes comme les projections des modélisations qui se sont multipliés ces dernières décennies, que ce soit ici ou dans le reste du monde, montrent tous que de multiples espèces migrent ou vont migrer, quand elles le peuvent, à la recherche d’un climat supportable. Dans l’Ouest de la France aussi, les espèces de climat chaud s’étendent et les espèces sensibles au réchauffement risquent de pérécliter.

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>> Avril 2019

Mobilisation mondiale et responsabilité inégale

Les mobilisations des « grèves pour le climat » et autres manifestations parfois impressionnantes de mi-mars seront-elles suffisantes pour orienter toute la société (française si ce n’est mondiale) vers une alternative décarbonée ?

L’ampleur du défi qui s’impose pour éviter les dégâts majeurs au-delà de 1°5 C au-dessus de la température moyenne mondiale pré-industrielle ne nous laisse plus beaucoup de temps ! Peut-être 2 ans tout au plus pour changer de trajectoire et 10 ans pour parvenir au seuil de 1,5°C.

Un rapport récent illustre quelques exemples de mesures fortes pour réorienter la société française vers une trajectoire sobre en carbone et en émissions de gaz à effet de serre : de la rénovation thermique des logements et du parc tertiaire à de nouvelles mobilités intra- et inter-urbaines en passant par une amplification de la conversion en agro-écologie, les dispositifs nécessaires sont multiples et ne sont pas anodins pour nos habitudes (voir plus d’exemples dans le texte complet). Si de telles mesures sont prises, ce qui est hautement souhaitable, et le plus tôt sera le mieux, nos modes de vie vont en être profondément bousculés.

Compte tenu de son niveau de vie moyen, la France ne peut fuir sa responsabilité au regard des autres pays du monde ou des générations présentes et à venir. En moyenne un français mobilise par sa consommation et l’impact de ses activités presque 3 fois ce que devrait être son empreinte écologique responsable dans un monde qui serait égalitaire au niveau mondial.

Et nos émissions de gaz à effet de serre ne respectent même pas nos objectifs depuis l’accord de Paris sur le climat ; pourtant, avec moins de 1% de la population mondiale, la France induit  3 à 4% des émissions de gaz à effet de serre.

Modifier notre mode de vie et faire pression sur les décideurs : c’est MAINTENANT. Ca n’a que trop tardé. Par exemple, rejoignons les marches pour le climat, et cherchons dans notre vie de tous les jours ce qui peut limiter l’impact carbone. Prenons cette problématique en compte dans nos choix civiques.

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>> Mars 2019

Urgence climatique : il est encore temps d'agir !

Le mois de février n’a pas démenti la tendance incontestable du réchauffement. Les conséquences aussi se multiplient, que ce soit dans l’hémisphère sud avec les canicules et la fonte de l’Antarctique, ou l’hémisphère nord avec l’accélération de la fonte du Groënland. Rien que l’Antarctique est une véritable « épée de Damoclès » sur nos têtes puisqu’il impacterait de plusieurs décimètres (voire de plusieurs mètres en cas de déstabilisation majeure) le niveau des mers.

Est-il encore temps d’agir ? Oui, et d’autant plus que chaque fraction de degré en plus découlant des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) aggravera magistralement la situation. Les dégâts ne seront pas totalement évités quoique nous fassions. Mais atténuer les impacts futurs est une priorité. Ne serait-ce que la biodiversité, tous les groupes du vivant (flore, insectes, oiseaux, etc.) sont déjà et seront demain concernés. De vastes modifications des cartes de répartition d’espèces sont déjà prévisibles, le climat en dérive s’ajoutant aux autres facteurs d’altération du patrimoine naturel. 
Face à ce sombre tableau, retroussons nos manches : augmentons la pression sur les décideurs à tous les niveaux, aidons les associations et mouvements, et changeons les points clés de notre mode de vie : moins d’énergie fossile, plus d’arbres et de haies, une agriculture écologique, des consommations locales, moins de viande, moins d’avion…ça urge !

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>> Février 2019
La planète chauffe, et nous ? 

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>> JANVIER 2019

Urgence climatique : COP24 insuffisante et perspectives de plus en plus inquiétantes

Décembre a été marqué par la COP24, destinée à fixer les règles de suivi et d’évaluation de l’accord de Paris pour les 196 pays signataires. Les scientifiques du GIEC, à l’issue de leur dernier rapport relatif à l’objectif 1°5 (c'est-à-dire rester sous les 1°5 de hausse moyenne de température planétaire par rapport à l’époque pré-industrielle) espéraient que cette COP24 serait aussi l’occasion de rehausser les ambitions en matière de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Mais les désaccords de certains pays (fournisseurs et profiteurs d’énergies fossiles), et les frilosités de certains autres, ont enrayé la mécanique. Une lourde responsabilité. Car si une partie des populations ne perçoit pas encore l’ampleur et la gravité de ce qui nous attend, il est confirmé aujourd’hui que l’impact de la dérive climatique sur l’humanité et sur le monde vivant dans son ensemble sera dramatique.

Tandis que les résultats mitigés de cette COP24 nous parvenaient, de nouvelles publications de la communauté scientifique nous alertaient sur les changements à venir. Ainsi, avec la poursuite des émissions actuelles  de  GES  les  simulations  effectuées  par  une  équipe  de  chercheurs permettent d’établir que le climat futur vers 2030 serait analogue à celui du milieu du Pliocène, une époque géologique de l’ère Cénozoïque, vers 3 millions d’années avant nous. Et qu’en 2150 le climat ayant continué à évoluer serait comparable à celui de l’Eocène (vers -50 millions d’années)(1).

Même s’il s’agit du plus inquiétant des quatre scénarios du GIEC, il faut avoir à l’esprit qu’actuellement la tendance ne s’écarte guère de ce scénario, et ce, malgré tous les avertissements lancés maintenant par de multiples chercheurs depuis presque un demi-siècle.

Parallèlement, trois chercheurs des universités du Texas et de Californie (2), tenant compte de l’inertie des décisions politiques des nations et de l’inertie climatique et économique, ainsi que de divers facteurs physiques, estiment que la courbe d’augmentation moyenne des températures mondiales sera plus forte que prévu à court terme. Le seuil des 2°C pourrait être atteint dès 2050, et celui des 1°5 C dès 2030. Ils préconisent d’accélérer la mise en œuvre des mesures nécessaires pour limiter le réchauffement et ses conséquences.

Parmi ces mesures, la réduction de Gaz à Effets de Serre autres que le CO2 serait une opportunité intéressante car le méthane, ou les HFC, s’éliminent plus vite que le CO2 mais sont encore plus actifs, bien qu’en moindre proportion dans l’atmosphère, que le CO2.

En ce qui concerne les conséquences du changement climatique, une autre équipe rassemblant 23 chercheurs de l’Université d’Hawaï (3) a recensé 467 événements susceptibles d’affecter l’humanité par suite du changement climatique et qui sont déjà localement observés. Leur prospective, établie pour trois des scénarios du GIEC, montre qu’en 2100, certaines zones du globe seront inévitablement concernées par plusieurs de ces événements. Et dans le cas où la tendance actuelle des émissions de GES se poursuit durant les prochaines décennies (scénario pessimiste ?) la moitié de la population mondiale subira au moins trois catégories d’impacts  simultanément  chaque  année.  Savoir si l’humanité est capable d’affronter simultanément des ensembles de conséquences dommageables de grande ampleur est une question majeure.

Une autre alerte nous vient des observations satellites des glaciers de l’Antarctique (4). Il semble en effet qu’après l’accélération de la fonte des glaciers côté Ouest, un phénomène identique soit en passe d’être confirmé côté Est, considéré jusqu’à présent comme stable. Une déstabilisation massive de la calotte glaciaire Antarctique  renforcerait  le  « scénario  catastrophe »  d’une  montée  rapide  et considérable du niveau des mers (plusieurs mètres et même, à long terme, au minimum plusieurs dizaines de mètres). Cette montée se poursuivrait alors pendant des millénaires.

Ainsi, sans même qu’apparemment la communauté internationale ait réussi à s’entendre à la fin de la COP24 sur des réponses à la hauteur des enjeux, les prévisions inquiétantes s’accumulent. Raison de plus pour que chaque « citoyen » s’engage à son niveau pour informer, sensibiliser, et agir dans le sens d’une sobriété carbone.

 

Michel DANAIS, Ingénieur écologue 

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(1) Burke et al., PNAS, 10 dec. 2018

(2) Xu, Ramanathan et Victor, Nature, vol.564, 6 dec. 2018

(3) Mora et al., Nature Climate Change, 19 nov. 2018

(4) NASA, Global Climate Change, 10 déc.2018