jeudi 28 juillet 2022

Incendies dans les monts d'Arrée - Le meilleur pare-feu : la gestion durable des landes !

Bretagne

Incendies dans les monts d’Arrée

Le meilleur pare-feu : la gestion durable des landes !

Pour perdurer, les landes doivent être gérées. Elles s’étendaient sur des dizaines de milliers d’hectares au siècle dernier et les monts d’Arrée en sont l’ultime bastion d’importance en Bretagne intérieure. Ces landes ont été créées par les Hommes qui, depuis des milliers d’années, ont défriché les vieilles forêts. Elles ont été au cœur d’un système agricole durable et résilient en fournissant, en particulier, des espaces de pâturage et de la litière pour faire du fumier. Mais, depuis 200 ans, elles ont presque toutes été mises en culture ou boisées avec des résineux.

En fait, les landes sont un milieu transitoire qui, s’il n’est pas entretenu, se ferme et, sauf cas particulier, retourne peu à peu au boisement. La biodiversité originale qui s’y est développée est alors menacée tandis que les incendies se trouvent favorisés.

Un paysage identitaire, un enjeu régional

Ces paysages participent grandement à l’image de la Bretagne. Leur valeur patrimoniale s’est peu à peu imposée à tous comme l’atteste la création du Parc naturel régional d’Armorique puis de deux réserves naturelles, sans oublier plusieurs arrêtés de protection de biotope, une zone Natura 2000, etc.

Litière fauchée par un agriculteur du côté de Roc’h Trédudon (Plounéour-Ménez) - © F. de Beaulieu

Dans les monts d’Arrée, à partir des années 1950, les pratiques traditionnelles de fauche de la lande (litière pour les animaux d’élevage) et de pâturage ont fortement régressé du fait de l’exode rural et de l’abandon des parcelles non exploitables du fait de la mécanisation accrue de l’agriculture. Depuis plus de 40 ans, Bretagne Vivante alerte sur la disparition de ce milieu original, riche d’une biodiversité qu’on ne retrouve pratiquement plus ailleurs en Bretagne. Elle a ainsi créé dans les années 1980 la réserve associative des landes du Cragou avec un objectif de gestion des landes en y réimpliquant des agriculteurs locaux.

Cette initiative a été à l’origine des premières mesures agri-environnementales (MAE) finançant la fauche de landes.

Bretagne Vivante, association de protection de la nature et gestionnaire d’espaces naturels, fait également pâturer ses vaches et ses poneys sur des landes des monts d’Arrée depuis plus de trente ans (115 hectares gérés au total entre les sites du Cragou et du Venec). L’essentiel du pâturage se fait sur des terrains du département du Finistère.

Depuis plus de 30 ans, Bretagne Vivante et le département éprouvent des difficultés à trouver des agriculteurs susceptibles de faire pâturer leurs animaux sur des landes alors que la mise à disposition est gratuite et la clôture financée.

 

Pâturage dans le réserve naturelle des landes du Cragou gérée par Bretagne Vivante - ©E. Holder

D’où vient le problème ?

Depuis 30 ans, on ne trouve pratiquement plus personne. Les agriculteurs doivent produire des animaux rapidement, sans perte et sur des terrains plus faciles d’accès et plus nourrissants que les landes. Ces dernières sont jugées hâtivement comme moins intéressantes alors que de nombreuses expériences montrent leur intérêt pour des pratiques d’élevage repensées.

Depuis des décennies, avec un peu plus de succès, le département met à disposition des agriculteurs des parcelles de lande pour qu’elles soient fauchées à des fins de conservation d’espèces patrimoniales mais aussi, précisément, pour limiter le risque d’incendie.

Ce mode de gestion est encore relativement répandu, même si la nouvelle Politique agricole commune (PAC) et les MAE qui financent cette pratique paraissent menacées. Il faut également rappeler que Natura 2000 peut financer l’entretien des landes par pâturage et par fauche.

Si la plupart des landes sont des milieux semi-naturels et nécessitent d’être entretenues, précisons que certaines ne doivent pas l’être (landes tourbeuses et landes sèches de crêtes).

Plusieurs obstacles s’opposent à une amplification de la fauche des landes dans les monts d’Arrée :

  • La difficulté d’accès à certains sites pour les engins de fauche ;
  • Les aspérités du sol, pierres et rochers qui abiment les barres de coupe ;
  • La complexité du foncier et le « mitage » des parcelles laissées à l’abandon par les propriétaires au fil des héritages. Ces propriétaires sont souvent difficiles à contacter, alors même qu’il y a, à notre connaissance, des agriculteurs volontaires pour faucher certaines de ces landes.

 

Quelles pistes promouvoir ?

Il faudrait une mesure administrative (de type « déclaration d’utilité publique » ou arrêté) imposant l’entretien, la fauche des parcelles concernées tous les 4 ans et, en cas d’absence d’entretien, autorisant le PNRA ou les pouvoirs publics à organiser le fauchage de ces parcelles en rétribuant des agriculteurs. Quant au financement, c’est aux pouvoirs publics et à l’État de trouver des solutions pour rétribuer les agriculteurs participants à ces actions d’entretien des milieux naturels.

La PAC « verte » vient d’être créée pour cela et doit permettre de rétribuer à sa juste valeur les services environnementaux assurés par les agriculteurs. Ne le fait-on pas (même sans obligation de résultats !) sur les bassins versants « algues vertes » ?

Suite aux incendies qui viennent de détruire plus de 1 700 hectares, Bretagne Vivante se réjouit de l’installation d’un comité de suivi. Ce dernier doit être chargé, de surveiller la restauration de la faune et de la flore sur plusieurs années et de valider les aménagements de prévention des incendies qui pourraient être proposés, en veillant à ce qu’ils soient compatibles avec la préservation des espaces et des espèces. Bretagne Vivante, forte de son expérience de plus de 40 ans de suivis naturalistes et qui œuvre actuellement à la restauration des landes au sein du programme européen Life landes porté par le Parc naturel régional d’Armorique, y participera.

Bretagne Vivante demande également la création d’un renforcement de la police de la nature sur le territoire des monts d’Arrée. L’Office français de la biodiversité et la gendarmerie nationale, malgré la motivation de leurs agents, ne peuvent pas être sur tous les fronts et il est indispensable de faire appliquer la règlementation dans le périmètre des monts d’Arrée. En effet, les atteintes sont de plus en plus nombreuses : destruction de milieux protégés, raves party, braconnage, photographes animaliers peu scrupuleux, engins motorisés sur les chemins de randonnée, défrichements et arasements de talus abusifs ...

À l’heure du déploiement de la Stratégie nationale des aires protégées, l’occasion se présente de mettre résolument à l’étude le nouvel outil qu’apporte l’arrêté de protection d’habitat naturel. Il semble le seul à même de répondre aux défis à relever pour garantir le futur du principal réservoir de biodiversité de la Bretagne intérieure.