mercredi 25 novembre 2020

Hommages de Bretagne Vivante à Yves Le Gal, ancien président de la SEPNB, militant et ami

Bretagne

Hommages de Bretagne Vivante à Yves Le Gal, ancien président de la SEPNB, militant et ami

De gauche à droite Yves Le Gall, Gilles de Hennin, ?, Jean-Pierre Mousset, Simone de la Bollardière, ?

Sélection d'écrits (études, articles, édito) d'Yves Le Gal 

 

Lettre ouverte de Daniel Malengreau, bénévole actif - ex-administrateur de la SEPNB et membre de comité de rédaction de la revue Oxygène

Plougastel, le 27 novembre 2020

Mon cher Yves,

D'abord, permets moi de m'insurger. 80 ans, c'est un peu tôt pour tirer sa révérence et laisser les amis face à un monde qui, faute de tenir compte des mises en garde dont tu fus l'ardent propagateur, s'obstine à foncer tête baissée vers un bouleversement climatique et un effondrement de la biodiversité, mettant la survie même de l'humanité en péril.

Connaissant ton humour, je sais que ne m'en voudras pas de t'interpeller de la sorte.

J'ai expérimenté à peu près tous les statuts au sein de la SEPNB/Bretagne vivante, tout à tour et selon les époques militant de base, salarié au Conservatoire Botanique, administrateur, assurant même à la demande du CA un intérim bénévole entre deux directeurs... mais ma participation à tes côtés au comité de rédaction d'Oxygène reste l'un de mes meilleurs souvenirs.

Bretagne Vivante /SEPNB est une vieille dame, subissant régulièrement des "liftings", allant même parfois jusqu'à changer de nom, mais c'est à compter de 1976 qu'elle à connu une transformation radicale, abandonnant des habits un peu datés de société savante pour ceux d'association militante, partie prenante des combats écologiques, tout en préservant les compétences scientifiques qui font sa spécificité.

Président de 1976 à 1978, tu explicitais ainsi cette mutation à l'Assemblée Générale de décembre 1977: "depuis quelques années la SEPNB vit une mutation profonde dont on trouvera le reflet dans l'activité de ses membres. Cette mutation a des causes externes et internes. Les préoccupations écologiques sont sorties du domaine un peu fermé des sociétés savantes et touchent maintenant une large proportion de la population [...]L'inquiétude que nous avons tous face au devenir de notre monde n'est plus un fait de spécialistes ou d'initiés mais un fait de civilisation."

Fustigeant le fait que "les adhérents de notre Société sont pour beaucoup des lecteurs de Penn ar Bed dont l'esprit militant n'est pas à montrer en exemple", tu actais la transformation en cours de nos adhérents en militants actifs pour regretter aussitôt "que pour beaucoup d'individus confrontés aux problèmes journaliers de protection de la nature, notre association n'a pas su répondre à leurs aspirations". Tu dois admettre que tu y allais fort dans le genre "qui aime bien, châtie bien"!

La pollution des mers et son cortège de marées noires, la nucléarisation de l'énergie, l'urbanisation galopante, l'érosion accélérée de la biodiversité... constituaient les champs risqués d'implication de l'association. Acteurs de terrain, animateurs de dialogues institutionnels comme de contestation active, porteurs de projets novateurs (conservatoire botanique, centre d'étude du milieu à Ouessant, maison de la mer appelée à devenir Océanopolis, les adhérents-militants de la SEPNB sont sur tous les fronts dans cette décennie . Certains de nos adhérents ne se retrouvent plus dans l'association mais sa base universitaire et scientifique est toujours présente dans les instances de l'association et accompagne et encadre la mutation.

Chimiste et biochimiste, titulaire de deux DEA et d'un doctorat, Directeur de la station de biologie marine du Collège de France à Concarneau, tu étais de ces scientifiques qui parvenaient encore, souvent il est vrai au détriment de leur carrière, à concilier leurs activités de recherche et d'enseignement et leur engagement au sein de la SEPNB.

Pour accompagner cette mutation militante de l'association, il fallait une publication militante. Ce fut "Oxygène" "mensuel écologique breton", dont tu assuras toujours le rôle de Directeur de publication, de février 1979 à décembre 1985. Ton premier édito (suivi de nombreux autres), affichait la couleur: ""Oxygène" se veut un journal de combat, d'un combat qu'il convient de mener quotidiennement, simplement par souci de dignité humaine. Nous ne cautionnerons pas plus des choix énergétiques (nucléaire) qui hypothèquent notre avenir de nantis que le pillage des ressources naturelles des pays du tiers-monde , ou les politiques productivistes d'où qu'elles viennent...". L'objectif, qui était de "sensibiliser un plus grand nombre de personnes aux réalités qui sont les nôtres aujourd'hui [...] et qui feront le monde de demain", s'il n'a été que partiellement atteint, prend toute sa valeur au travers des nombreux articles qui restent aujourd'hui d'une actualité brûlante et malheureusement prémonitoire. J'invite chacun à les consulter dans les publications en ligne du centre de documentation. Qu'on ne s'y trompe pas, même avec l'appui de Yves Quentel comme rédacteur, il ne fut pas facile de réunir, au fil des numéros, une information fiable et de qualité et tu y as contribué plus souvent qu'à ton tour.

Abrité par ta réputation scientifique, bien que tu n'en fis jamais étalage, le comité de rédaction d' Oxygène fut aussi un formidable espace de tolérance, de liberté d'expression et de confrontation des opinions. Rien ne te paraissait plus stimulant que la publication d'un courrier des lecteurs critique ou d'un article dont tu ne partageais pas toutes les conclusions, pour inciter nos lecteurs à quitter leur position passive et affirmer à leur tour leur point de vue. Ce furent, je crois, mes années de militantisme les plus jubilatoires.

Alors Yves, pour tout ça, je veux te dire merci.

Daniel Malengreau,
Ancien Directeur du Conservatoire Botanique National de Brest,
Membre du comité de rédaction d'Oxygène

  

Hommage rédigé par Jean Pierre Mousset, bénévole actif - Administrateur de la SEPNB de 1973 à 1981 

En 1973, Yves La Gal est membre du Conseil d’Administration de la SEPNB, certains se souviennent de son franc-parler, une aubaine ! Sa passion pour le milieu marin, amena l’association à découvrir la ‘’planète océan’’. Il fut Président de la SEPNB de  1976 à 1978
Jean-Pierre Mousset, administrateur de la SEPNB à l’époque,  se rappelle « de ses palabres avec son humour lors des repas du Conseil d’Administration, son non-conformisme, voir son goût de la provocation qui faisait de lui un personnage hors du commun. »

En 1977, dès son élection à la présidence de la SEPNB (devenu Bretagne Vivante en 2001), Yves Le Gal s’est attelé à assurer la révolution culturelle au sein de notre association afin de se rapprocher de la jeunesse qui se tournaient plus vers l’écologie que vers le naturalisme. Ses luttes : Erdeven et son combat contre le nucléaire, le remembrement et la bétonisation à tout crin des campagnes bretonnes et bien d’autres sujets.

La catastrophe de l’Amoco Cadix et la pollution des mers en 1978 ont précipité sa proposition de création d’une autre revue au sein de l’association, plus militante : ‘’Oxygène en Bretagne’’, différente de Penn ar Bed, tournée vers l’écologie. Il se constitue autour de lui un noyau de militants (nous ne les nommerons pas tous, de peur d’en oublier, ils se retrouveront dans cet hommage) et deux acteurs importants pour l’aventure de la revue Oxygène : le journaliste, Yves Quentel et le dessinateur de presse, Nono.

La parution du numéro 0 en février 1979 a su réunir nos deux actions principales, la protection de la nature en Bretagne et l’action militante pour une prise en compte de l’écologie dans les décisions publiques et économiques. Sans la passion d’Yves Le Gal, la revue « Oxygène en Bretagne » n’aurait peut-être pas continué de paraître jusqu’en 1985.

Ceux qu’ils l’ont connu ont fait la rencontre de l’un des piliers fondateurs de Bretagne Vivante qui vient de fêter ses 60 ans d’existence.

Lire l'édito d'Yves Le Gal "Controversé" , revue Oxygène, 1894

  

  

Hommage rédigé par Bernard Clémant, bénévole actif de Bretagne Vivante - Ex-administrateur de la SEPNB

Tout nouveau et jeune adhérent à la SEPNB, je représente l’Ille et Vilaine au conseil d’administration. C’est dans ces circonstances que j’ai rencontré de nombreux cadres de l’association dont Yves. Lors de nombreux week-ends, nous nous sommes réunis afin de discuter sur de nombreux sujets et j’ai le souvenir d’un collègue, peu bavard, mais toujours écouté lors de ses prises de parole. J’ai pu apprécier chez ce « sachant » un véritable esprit militant. Les événements de Plogoff, notamment, ont fait évoluer l’association d’une société savante vers une dimension plus militante. Yves a été un acteur déterminant de ce virage. Il en a assumé l’action à travers son engagement lors de la création et de la vie de notre revue Oxygène. C’est également dans les années 1970-1980 que nous discutions de la pertinence d’un conservatoire botanique (futur CBN Brest) et de la création de ce qui deviendra Océanopolis. C’est aux côtés des autres membres du conseil d’administration que Yves a fait évoluer positivement ces projets. J’ai toujours été attentif à ses propos et à sa démarche de chercheur citoyen et je me rends compte, plus ou moins inconsciemment, de son influence sur ma propre démarche, un peu comme une imprégnation.

Yves, tu étais une belle personne.

  

   

Hommage rédigé par Max Jonin, Jean-Yves Monnat et Maurice Le Démézet

Yves Le Gal est mort.
Emotion. Mémoire. Reconnaissance.

Yves Le Gal était un scientifique universitaire de haut niveau, bio-chimiste. Il a fait de la station de biologie marine de Concarneau un pôle national consacré à l’étude du milieu marin, un lieu d’excellence de la recherche et de l’enseignement. En 1972, il y avait créé le Marinarium, espace muséographique ouvert au public. D’autres développeront ailleurs sa carrière de scientifique.

Science et conscience. Yves était un de ces scientifiques qui, dans les années 70 dans notre pays, ont éprouvé l’impérieuse nécessité de croiser leurs connaissances écologiques avec les problèmes environnementaux émergents. Il était un homme engagé et la SEPNB a eu la chance qu’il la rejoigne. Les années 70, c’était la grande époque de la SEPNB et Yves en a été un des acteurs majeurs. Plus d’une décennie après la naissance de l’association, c’était l’émergence du mouvement écologique, l’aménagement du territoire allait bon train, le nucléaire faisait l’actualité. Le débat interne enflamme alors la SEPNB. En 1976, avec Jean-Claude Demaure, Yves Le Gal entraîne le conseil d’administration dans la condamnation du programme électronucléaire. Il se mobilise contre le projet de centrale de Plogoff.

En 1976, il est le nouveau président de l’association (1976-1978) : « la SEPNB doit être le moteur de la prise de conscience du public, des administrations, des élus… il est essentiel de préserver la qualité scientifique, de transformer les adhérents en militants … les études doivent servir les buts de l’association et être au service de la défense de l’intérêt public … nécessité d’un bureau d’études juridiques, d’actions juridiques » (extrait de son intervention en AG). En 1976 en écho à l’accident de l’Olympic-Bravery, un article dans Le Monde, lui donne l’occasion de développer la notion de « prix du vivant » élément essentiel dans les calculs des économistes et des financiers.

En février 1979, dans la logique de cet engagement militant, la SEPNB lance « un mensuel écologique breton » : Oxygène, Bretagne. Cette aventure doit tout à Yves Le Gal, à son intelligence, à ses connaissances, à sa réflexion, à son énergie. Elle durera six ans, n’ayant jamais vraiment trouvé le public lui permettant de vivre et le collectif d’associations qui finalement en assurait l’édition n’en ayant plus les moyens financiers. Yves tire le rideau dans le dernier édito : « … Oxygène a vécu (…) Avec des articles d’humeur, mais aussi des dossiers que nous avons voulu sérieux, construits : agriculture, nucléaire, Tiers-Monde, pêche, etc. Consécration suprême, on trouve même des extraits d’Oxygène dans certains manuels scolaires ». Revoyez l’ensemble de la collection, le bilan est positif et le propos, sans vraie surprise, toujours d’actualité.

Yves Le Gal, scientifique, militant écologiste (savant, pas barbu selon sa propre expression !), homme engagé, doté d’un humour froid qu’il fallait comprendre, a bien investi la vie qui lui a été donnée. Merci pour tout cela, merci pour les moments partagés. Kenavo.

Jean Salaün, Jean-Claude Demaure, Yves Le Gal … le ''canal historique'' se réduit.

À suivre. …

Hommage rédigé par l'antenne de Bretagne Vivante Concarneau 

Yves Le Gal, ancien directeur de la station de biologie marine de Concarneau, s'est investi dans la SEPNB de nombreuses années, aussi bien au niveau local que régional.

En ce qui concerne Concarneau et ses environs, dans les années 70, il a fallu s'opposer aux nombreux projets de marinas (Port La Forêt en particulier) et d’urbanisation du littoral.. En collaboration avec l'association "L'Environnement à Concarneau" de Louis-Emile Nerzic, des espaces remarquables ont ainsi pu être préservés, au moins un temps, comme les Etangs de Trévignon à Trégunc, l'Anse du Minouët, et quelques bois sauvés en partie comme ceux du Porzou, du Rouz, du Manoir du Bois ou du château de Kériolet prévus initialement pour être lotis.

Précurseur, il s'est également engagé dans la politique locale en présentant une liste citoyenne "environnementaliste" aux municipales de 77. Yves Le Gal a dynamisé localement une équipe qui a ensuite mis en place une section locale SEPNB. Petit à petit cette section a suivi les principaux dossiers naturalistes ou concernant la protection de l'environnement et a initié dans les écoles un début d'éducation à l’environnement. Ce travail de terrain a débouché quelques années plus tard sur la création de  postes d'animateurs nature au niveau du territoire.

D'une façon générale, Yves Le Gal était très attaché à la "vulgarisation" des connaissances scientifiques, que ce soit à travers la création du "Marinarium" de Concarneau ou à travers la création d'émissions scientifiques régulières de radio. Très impliqué dans la lutte antinucléaire de Plogoff, il a été le pilier de la revue "Oxygène" et a organisé des conférences avec les physiciens du CNRS sur l'énergie nucléaire. Dans son activité scientifique, il a souvent fait des choix de recherche, conclu ou soutenu des contrats qui allaient dans le sens de la défense de l'environnement, comme les études sur la problématique des algues vertes, l'impact des effluents de papeterie, l'importance des bivalves et des biofilms dans les pollutions microbiologiques des eaux littorales. Ces thématiques environnementales étaient aussi au centre des cours qu'il donnait à l'UBO.

Yves Le Gal a toujours été disponible pour aider et soutenir les candidats écologistes aux élections locales ou régionales, ou pour participer à l'élaboration de projets concernant le territoire.

Ce fut une période où les scientifiques n'hésitaient pas à s'impliquer, parfois à leurs risques et périls. Il fut un référent et un guide pour beaucoup. Nous l'en remercions.

Découvrir ou relire la revue Oxygène grâce aux Centre de documentation de Bretagne Vivante