jeudi 10 juin 2021

Extension de porcherie dans le Finistère, quand est-ce que cela s'arrêtera ?

Bretagne

Toujours plus, dans un territoire à enjeux malgré un contexte pourtant déjà dégradé

Le 12 janvier 2021, le Préfet du Finistère a accordé au Groupement agricole d’exploration commun (GAEC) des Primèveres, à Plougonvelin, un « enregistrement » pour l’extension d’un élevage porcin qui passerait de 1 269 à 2 014 animaux équivalents, soit une augmentation de presque 60 %.

Le projet se situe dans un territoire déjà épicentre de l’élevage finistérien intensif de porcs et de poulets. La pointe finistérienne est déjà saturée d’élevages (à elle seule, 21,1% de la production nationale ![1]), et la qualité des eaux côtières se dégrade, ce dont témoignent notamment des fermetures répétées de plage ou de pêche à pied. Directement concernée par les nouveaux épandages de lisier projetés, la ria du Conquet est déjà touchée par cette altération.

Les nouveaux rejets, agricoles ou urbains, ne devraient plus pouvoir être acceptés sur ces communes, ni alentour et les efforts pour réduire la dégradation de la qualité des eaux superficielles doivent être au contraire accentués. Ce territoire est effectivement identifié comme « zone d’action renforcée » au titre de la directive pour la protection des eaux contre les nitrates agricoles, et dont la qualité des eaux superficielles est considérée comme dégradée au titre de la directive cadre sur l’eau.

Les épandages supplémentaires de lisier devraient prendre place juste à l’amont de la Ria du Conquet, zone Natura 2000, et site classé national, faisant également partie d’un corridor écologique inscrit au schéma de cohérence territorial du Pays de Brest, en lien direct avec le Parc naturel marin d’Iroise.

 

Pourquoi faire un recours ?

Les enjeux  environnementaux, sociaux et économiques sont très forts. Ceci explique que près de cinq mille personnes se soient mobilisées[2] pour que l’État ordonne une analyse approfondie du dossier, et empêche une aggravation des pressions sur les milieux naturels de la Ria du Conquet et le Parc Marin. Pour cela, il suffit que le dossier soit reclassé de la simple procédure d’enregistrement en une procédure d’autorisation qui exige les études nécessaires.

Conscient des enjeux, le Parc marin, par la voix de sa Présidente (également Présidente du Conseil départemental) a demandé à être consultée, sans effet.

Forts de ces réactions, et constatant l’erreur manifeste d’appréciation du préfet au regard de la sensibilité du milieu naturel protégé et des autres enjeux quant à la nécessité de déclencher une procédure d’autorisation, Bretagne Vivante et Eau et Rivières de Bretagne ont décidé d’entamer un recours à l’encontre de la décision de simple enregistrement prise le 11 janvier.

Les associations continuent à plaider pour une agriculture soutenable, qui ne compromette pas la qualité des eaux côtières et d’autres activités économiques comme le tourisme ou la pêche, ni la qualité de vie des Bretons.

[1] AGRESTE-Essentiel, Ministère de l’agriculture et de l’Alimentation, sept 20 – Filière Porc

[2] 4 490 signatures pour la seule pétition de change.org à fin mai 2021