jeudi 26 novembre 2020

Développer le miscanthus, Bretagne Vivante réagit !

Bretagne

Pas de culture « dangereuses » dans les zones d'intérêt écologique

Dans l'édition du journal Ouest-France du 13 novembre les cultures de Miscanthus (Miscanthus géant ou herbe à éléphant) et de Sorgho sont présentées comme porteuses de grands espoirs pour la production d'aliments pour animaux, d'énergie et de matériaux « verts ».
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L'association Bretagne Vivante ne peut que se réjouir de l'annonce de telles productions, de surcroît peu gourmandes en eau, en énergie et en pesticides mais elle est cependant très inquiète lorsque leurs promoteurs, avec une vision très réductrice de l'environnement, préconisent de les implanter dans des « aires de protection des captages d'eau et dans des zones d'intérêt écologique … ».

Ces sites qui sont perçus comme des zones tampons sans utilité, coincés entre des activités agricoles ou industrielles, des zones de loisir, sont malheureusement déconsidérés puisqu'ils apparaissent sans intérêt économique direct et même sans intérêt tout court. Et voilà maintenant qu'on voudrait les cultiver !

Or la vocation d'une aire de protection de captage c'est de rester vierge de toute action susceptible de présenter un risque de pollution ponctuelle ou diffuse sur un point de prélèvement d’eau pour la consommation humaine. De même, la vocation d'une zone d'intérêt écologique c'est de permettre localement un fonctionnement de la nature qui préserve la biodiversité sur laquelle se fonde son intérêt. Introduire des cultures d'espèces végétales étrangères à notre flore sur ces espaces préservés, qui constituent des zones refuges pouvant amorcer une reconquête de la biodiversité, serait un non-sens total en regard de leur vocation.

La culture en grand du Miscanthus ou du Sorgho, qui est clairement limitée à une unique espèce, ne permet aucune expression de la biodiversité. Quelques sangliers y trouveront peut-être refuge mais ces plantes étrangères ne seront d'aucune utilité pour la faune locale qui a toujours vécu sans elles. Quelles chenilles de papillons de nos campagnes se nourriront de ces plantes qu'elles ne connaissent pas ? En dessous de la « belle » couverture verte et dense qu'elles affichent, les cultures de ces types sont en fait de véritables déserts de biodiversité.

Le recours à des espèces végétales pour dépolluer des sols ou en limiter la pollution est une piste intéressante mais il pose néanmoins question si cette espèce est étrangère à notre flore, comme dans le cas du Miscanthus et du Sorgho d'une part mais aussi par la destination finale des parties de la plante qui ont accumulé un agent polluant. Que faire en particulier des rhizomes qui seraient ''gorgés'' de métaux lourds, comme l'évoque Ouest-France ?

Quelle est, par ailleurs la garantie apportée par les promoteurs d'un usage agricole de ces graminées qu'elles ne s'échapperont pas un jour en nature jusqu'à devenir incontrôlables, mettant ainsi la biodiversité autochtone en péril ? Les exemples ne manquent pas : l'Herbe de la pampa, la Jussie, le Baccharis, les Renouées asiatiques...

Le Miscanthus de Chine, ornemental, a depuis longtemps démontré sa capacité à quitter les nombreux aménagements urbains qui lui sont alloués. Le Miscanthus géant, cultivé pour ressource, est réputé stérile mais les botanistes savent parfaitement que beaucoup de plantes dites stériles produisent parfois des graines fertiles… En outre, une plante comme le Miscanthus peut également se reproduire par la dispersion de fragments de rhizomes ! Quant au Sorgho annuel des grandes cultures, il montre déjà une capacité à se propager en dehors des zones où il a été semé. Un tel croisement donnerait des individus vigoureux à haut pouvoir de dissémination. Les gestionnaires d'espaces naturels, de sites protégés (comme Bretagne Vivante) ou d'espaces publics connaissent l'immense difficulté et les coûts faramineux imposés par une lutte sans fin contre les espèces invasives. Les agriculteurs eux-mêmes font difficilement face à l'envahissement des cultures par des espèces végétales envahissantes, comme les Amarantes, la Digitaire, les Panics, le Datura…

Nous avons acquis par ailleurs l'information qu'il existe actuellement un réel engouement sur le territoire, pour une autre culture en grand, celle de la Silphie. Cette espèce est déjà considérée comme invasive dans certains états des USA où elle n'est pas indigène. Pour autant, il est vrai que l'histoire de l'humanité est marquée par l'usage des végétaux mais les effets combinés des nouvelles pratiques culturales, de la mondialisation et des changements climatiques justifient la plus grande prudence.

Pour notre association naturaliste il semble bien qu'en développant la culture sans frein de ces espèces nouvelles on joue à l'apprenti sorcier. Comme l'expérience le montre, c'est hélas seulement dans quelques années que nous en mesurerons les effets sur la biodiversité originale.

Plus globalement, dans un contexte de l'accroissement de grandes cultures dédiées à des usages non alimentaires, c'est la priorité historique de l'alimentation humaine qui est menacée. Or la pandémie actuelle vient nous rappeler qu'il existe des priorités basiques absolues pour la survie de sociétés humaines, l'alimentation en fait partie ! Le maintien massif de surfaces agricoles consacrées aux produits vivriers est un enjeu majeur universel mais la préservation de la biodiversité également.

Sur ce dernier point nous mesurons le fossé qui existe entre certaines visions de notre monde. D'une part il y a les tenants d'un productivisme à tout crin qui ne se privent pas de verdir leur image en développant l'idée que des productions végétales de masse, qui prendront la place des cultures alimentaires et prospéreront même sur des milieux naturels, permettront la transition énergétique. D'autre part il y a des structures engagées pour la défense de la biodiversité, Bretagne Vivante en fait partie qui a bâti, non sans difficulté, un réseau de sites qu’elle entretient de manière désintéressée au bénéfice du plus grand nombre et où elle déploie quotidiennement la plus grande vigilance.

 

  Yvon Guillevic, Luc Guihard et Paul Mauguin – Membres actif de Bretagne Vivante Groupe Botanique