Forum Bretagne Vivante
Venez poser vos questions à nos spécialistes sur le forum de Bretagne Vivante.
|
|
Page 3 sur 12 Présentation du gravelot à collier interrompu
1 - Description de l'espèce: Nom latin: Charadrius alexandrinus Nom anglais: Kentish plover
Le gravelot à collier interrompu est une petite espèce de limicole appartenant à la famille des Charadriidae. Il diffère des autres gravelots adultes par son collier incomplet et ses pattes sombres.
Source: Cramp, The birds of the western Paleartic. 8 : Mâle nuptial / 9 : Femelle nuptiale / 10 : poussin
Le grand gravelot:
Adulte (à gauche) et jeune (à droite) de grand gravelot (cliché: Morgane Huteau)
Le gravelot à collier interrompu mesure 15 cm de long, 34 cm d'envergure et un poids moyen de 43 g.
Partout en France, comme ailleurs en Europe occidentale, la répartition du gravelot collier interrompu est essentiellement littorale. On le trouve sur des côtes basses, dans les vastes zones sableuses, y compris dans les îles. L'habitat de prédilection de l'espèce correspond aux dunes mobiles au niveau des les laisses de haut de plage.
Il est aussi présent dans les dunes fixées à végétation rase, les banquettes de végétation halophile rase sur les bords des lagunes, les cordons de galets, les pelouses aérohalines des falaises maritimes et les champs cultivés sablonneux.
En Bretagne, les arrivées les plus précoces sur les sites de reproduction se produisent en moyenne le 20 mars (Bargain et al., 1999). Mais des nicheurs continuent à arriver durant les deux premières décades d'avril. Les sites sont pour la plupart progressivement désertés durant le mois de juillet, mais la reproduction peut exceptionnellement se poursuivre jusqu'au début de septembre. Les premières pontes sont déposées à partir de la mi-avril. La ponte normale du gravelot à collier interrompu est de 3 œufs (2-4). Les couples peuvent mener à terme deux nichées durant la saison de reproduction. En cas d'échec, des oiseaux peuvent réaliser trois pontes de remplacement. L'incubation, assurée par les deux partenaires dure en général 26 à 27 jours (23-29 jours). Les poussins, nidifuges, quittent leur nid dès les premières heures après l'éclosion. Durant les premières jours ils recherchent chaleur et sécurité auprès des adultes et peuvent s'éloigner de plusieurs kilomètres du nid. Les poussins prennent leur premier envol et deviennent autonomes après quatre semaines d'élevage. La chronologie de reproduction: Arrivé des premiers gravelots sur le site : 20 mars Première ponte : mi avril, mi mai Incubation : 26-27 jours Sortie du nid des poussins : quelques heures à quelques jours après l'éclosion Émancipation : 27- 31 jours
Illustration du comportement d'aile cassé :
Il s'agit d'une espèce cosmopolite, dispersée en Europe et dont l'aire de distribution s'étend de la Scandinavie au pays riverains de la Méditerranée et de la mer Noire. Cette espèce est migratrice, des rassemblements sont perceptibles dès le mois de juin pour atteindre un maximum d'effectifs en septembre. Ce limicole va passer l'hiver dans le sud de l'Europe et en Afrique occidental. Récemment, de plus en plus d'individus restent dans l'ouest de la France toute l'année. Le retour dans les zones de nidification européennes se fait dès le mois de mars et se poursuit jusqu'en juin pour les plus tardifs.
Carte de migration (en cours de création).
Le gravelot à collier interrompu se nourrit principalement sur la laisse de mer, en haut de plage. Elle est constituée de cadavres d'animaux et de végétaux, décrochés de leurs supports par les tempêtes, poussés par le flot des plus fortes marées et laissés en haut de plage. Cette "laisse de mort" est aussi une "laisse de vie" active qui est à l'origine des chaînes alimentaires, où de nombreux oiseaux viennent de nourrir. Les proies sont des invertébrés telles que des vers marins, des petits mollusques et crustacés, mais également des coléoptères, diptères et autre insectes, des araignées, etc.
2 - Statut de protection et de conservation: L'espèce est protégée en France (article 1er de l'arrêté modifié du 17 avril 1981), inscrite à l'Annexe I de la Directive Oiseaux, à l'Annexe II de la Convention de Berne et à l'Annexe II de la Convention de Bonn.Le statut de conservation du gravelot à collier interrompu en Europe est défini par Birdlife comme « en déclin modéré, supérieur à 10 % » (Birdlife International, 2004). En France, le gravelot est un nicheur « rare », son effectif nicheur et sa distribution sont considérés comme probablement stables ou ayant varié de moins de 20 % depuis les années 1970 (Pineau in Rocamora & Yeatman-Berthelot, 1999). Moins de 10 % de l'effectif nicheur européen est présent en France. En Bretagne, il figure dans la liste des oiseaux dont les effectifs régionaux dépassent 5% de la population nationale, avec un statut de conservation jugé défavorable, ce qui lui vaut d'être cité dans la liste orange régionale (Bargain et al., 2008). L'effectif régional est concentré sur un nombre restreint de sites.
3 - Historique des populations en BretagneLes premières informations sur la nidification du gravelot à collier interrompu en Bretagne remontent au 19ème siècle et nous sont fournies par Hesse et Le Borgne de Kermorvan (1838) qui le connaissent comme reproducteur à St Nicolas des Glénan, dans les dunes de Trévignon et dans la région de Lorient. En 1880, la reproduction est signalée par Bureau dans l'archipel de Molène, puis en 1927 au sillon de Talbert.L'augmentation du nombre de sites de nidification au début de la seconde moitié du 20ème siècle est sans doute plus révélatrice du développement de l'ornithologie de terrain que d'une brusque colonisation de notre région, puisqu'à la même période, l'espèce est en déclin dans les Iles britanniques. Parmi les nouveaux sites répertoriés durant les années cinquante, figurent la baie de Morlaix, le littoral léonard, la baie d'Audierne, le littoral sud-bigouden, les dunes de Mousterlin et d'Erdeven. Durant la décade suivante, l'espèce est également trouvée nicheuse en baie du Mont St Michel, sur l'île de Trévoc'h et à l'île aux Moutons, à Suscinio/Sarzeau, à l'île d'Houat et à Méaban. A la fin des années soixante, plusieurs sites voient leurs effectifs fondre comme neige au soleil. Dans l'archipel des Glénan, la population passe de 40 couples en 1959 (Guillou, 1968) à 15 couples en 1966-67 (Dorval, 1968). La tendance est également à la baisse en baie de Morlaix et l'espèce a disparu de l'archipel de Molène. Pourtant en 1975, la population bretonne de gravelot à collier interrompu semble en nette progression par rapport au recensement de 1972. L'estimation de 300 couples (Guermeur & Monnat, 1980) englobe les nicheurs de Loire-Atlantique et ne peut donc être directement comparée à celles obtenues ultérieurement. Déjà à cette époque, ces auteurs signalent le nombre très restreint de couples dans les Côtes d'Armor. Le recensement de 1984 fait état de 186-235 couples (Dubois & Mahéo, op. cit.), mais les auteurs estiment la population à 300 couples et parlent d'une stabilité. Une analyse plus fine des effectifs des différents sites permet même d'avancer le chiffre de 116-141 couples pour le Finistère et de 226-281 couples pour les 4 départements (Maout, 1997), qui se répartissent de la façon suivante : 25-30 couples au sillon de Talbert (22) en 1984, 41 couples au Kernic/Plounévez-Lochrist (29) en 1977, 60-80 couples en baie d'Audierne (29) en 1984, 15-20 couples à Trévignon (29) en 1985 et 85-110 couples dans le Morbihan en 1984. La situation a bien changé depuis le milieu des années 1980 et c'est le Finistère qui est le plus touché par l'effondrement des effectifs. Sur une centaine de couples dans le Léon en 1975 (Monnat & Guermeur, op. cit.), il en reste à peine une quinzaine en 1996 et plus un seul couple ne s'y reproduit en milieu dunaire. Les derniers nicheurs trouvent refuge sur les hauts de plage, dans les laisses de mer. Après une longue période de déclin, la population bretonne semble revenir aux effectifs observés en 1984, au moins en baie du Mont St Michel, en baie d'Audierne, à Trévignon et à Gâvres-Quiberon.
Références bibliographiques: Bargain, B., Gelinaud, G., Le Mao P. & Maout J. 1999. Les limicoles nicheurs de Bretagne. Penn Ar Bed n°171 172. 68p. Bargain B., Cadiou B., Gélinaud G., Le Nevé A., 2008 - Liste des oiseaux menacés et à surveiller en Bretagne. Penn Ar Bed n°202. 60 p. Birdlife International, 2004. Birds in Europe: population estimates, trends and conservation status. BirdLife International, Conservation Series N°. 12. Cambridge, UK, 374 p. Dorval, P. 1968.- Statut actuel des oiseaux marins nicheurs en Bretagne. Baie de Douarnenez et côte sud du Finistère. Ar Vran 1 (2) : 50-74. Dubois, J. & R. Mahéo, 1986.- Limicoles nicheurs de France. SRETIE/LPO/BIROE. 291 pp. Guermeur Y. & Monnat J.-Y. 1980. Histoire et géographie des oiseaux nicheurs de Bretagne (1975). Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne / Centrale ornithologique bretonne - Ar Vran / Ministère de l'environnement. Aurillac. 240 p. Guillou, J.J. 1968.- Contribution à l'étude ornithologique de la région de Quimpéroise et du Sud-Finistère. Alauda 36 : 137-156. Maout, J. 1997.- Grand gravelot in Les oiseaux nicheurs de Bretagne, 1980-1985. G.O.B. : 108-109. Pineau O. 1999. Gravelot à collier interrompu Charadrius alexandrinus. p 234, 235. - in : Rocamora G. & Yeatman-Berthelot D. (1999). Oiseaux menacés et à surveiller en France. Listes rouges et recherche de priorités. Populations. Tendances. Menaces. Conservation. Société d'Études Ornithologiques de France / Ligue pour la Protection des Oiseaux. Paris. 560p.
|
|||||||||||||||||||




