La protection du phragmite aquatique

Le phragmite aquatique Acrocephalus paludicola est le passereau le plus menacé d'extinction en Europe continentale. Il est inscrit sur la liste rouge de l'UICN en catégorie "vulnérable", tout comme au niveau national (UICN France et al. 2011).

À l'exception d'une très petite population restante en Sibérie occidentale, son aire de reproduction est totalement confinée à l'Europe. Alors qu'il était très répandu au début du XXe siècle dans les marais tourbeux et les prairies humides sur l'ensemble du continent, le phragmite aquatique a disparu de la majeure partie de son aire de répartition initiale.

Les effectifs ont chuté de 80% à 90% durant le XXème siècle. Les dernières estimations font état de 11 000 à 16 000 mâles chanteurs (BirdLife International 2013).

La situation alarmante de l'espèce a conduit à la rédaction, en 2003, d'un mémorandum international d'entente relatif aux mesures de conservation en faveur de l'espèce, proposé par la convention de Bonn sur la conservation des espèces migratrice (CMS). En 2003, il réunissait 13 pays. La France et le Mali ont rejoint ces 13 pays et se sont engagés dans la mise en œuvre d'un plan d'action international.

L'objectif de ce plan international, est de retirer l'espèce de la liste rouge UICN à l'horizon 2020 et d'obtenir dans les 15 ans qui viennent 10 à 20 % d'habitats favorables à son alimentation sur les haltes migratoires.

L'engagement international de la France s'est traduit par la mise en place d'un Plan National d'Actions (PNA) sur une période de 5 ans (2010-2014).

Ce plan est complémentaire d'autres plans nationaux réalisés en zones humides comme ceux concernant le butor étoilé et le râle des genets, car il va s'appliquer aux prairies humides, habitat délaissé et riche pour la faune et la flore. 

 

Le phragmite aquatique, espèce mondialement menacée

Phragmite aquatique
Le phragmite aquatique

Rare et localisé

Ce passereau d'une dizaine de grammes, apparenté aux fauvettes aquatiques, vit toute l'année dans les zones humides. La population mondiale est actuellement estimé à 22 000 à 32 000 adultes (ou 33 000 à 48 000 individus). L'aire de reproduction de 98% de la population se limite à 3 pays : Pologne, Biélorussie et Ukraine et 80% des effectifs ne sont plus que sur quatre sites différents, ce qui en terme de conservation, est une situation critique. Les deux populations de Poméranie et de Russie sont au bord de l'extinction. L'espèce sera bientôt un nicheur endémique d'Europe.

C'est aussi un oiseau symbole d'une exploitation respectueuse par l'homme des milieux naturels car il est inféodé à des marais entretenus par une fauche estivale annuelle.

 

Sites de nidification

Ses sites de nidification se trouvent dans les derniers grands marais sauvages d'Ukraine, de Biélorussie, de Pologne, de Hongrie, de Lituanie, de Russie et d'Allemagne. La reproduction s'y déroule de mai à juillet. Chaque mâle défend un vaste territoire où se reproduisent trois ou quatre femelles, mais celles-ci peuvent être fécondées par des mâles différents de celui qui défend leur domaine. Elles s'occupent seules de la construction du nid, de l'incubation et de l'élevage des jeunes.
Routes de migration
Le phragmite aquatique est un grand voyageur qui effectue chaque année une migration en boucle entre ses zones de reproduction et d'hivernage. Dès la fin de la nidification, jeunes et adultes quittent l'Europe de l'Est pour se rendre en Afrique tropicale. Ils longent alors les côtes de la mer du Nord, puis de la Manche et de l'Atlantique, de fin juillet à la mi-octobre. A leur retour des quartiers d'hivernage, en avril, les oiseaux empruntent une route plus directe, traversant le Sahara, puis longeant la Méditerranée (Espagne, France) ou la traversant (Italie) afin de rejoindre les zones de reproduction.

 

Quartiers d'hivernage

S'il est acquis que l'espèce hiverne en Afrique tropicale de novembre à mars, les informations manquent sur les sites fréquentés. Pour le moment, des sites ont été découverts au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.

 

Des enjeux de conservation importants

Des effectifs réduits, une aire de répartition très localisée, la diminution du nombre de sites de nidification et une évolution globalement défavorable des habitats de l'espèce expliquent la forte vulnérabilité du phragmite aquatique.

Son statut d'espèce mondialement menacée justifie le plan d'action international produit par BirdLife International sous l'égide du programme pour l'environnement des Nations unies et justifie les financements prioritaires de l'Union européenne pour sa conservation.

La France a pris ses responsabilités en tant que pays accueillant la quasi totalité de la population en migration, en signant, en 2010, le mémorandum international et mettant en place un premier Plan National d'Actions pour la période 2010-2014. L'objectif principal est la constitution d'un réseau de haltes migratoires, pérenne et en bon état de conservation.

 

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