samedi 21 mai 2016

Sortie géologique Erquy Fréhel

d'Erquy (au Sud de la plage du Bourg) aux Grèves-d'en-Bas

Nous étions une quinzaine à suivre les explications de Pierre Jegouzo sur trois sites remarquables :

1 – La série volcanique de la pointe de la Heussaye, à Erquy

Délaissant la randonnée classique qui domine le port en passant aux Lacs Bleus et en faisant le tour du cap d’Erquy (falaises de grès, série détritique rouge), notre guide nous a entraînés au Sud de la plage du Bourg sur les rochers moins élevés de la Pointe de la Heussaye. En quelques heures, et quelques centaines de mètres, il nous a fait parcourir les restes des entrailles d’un édifice volcanique mis en place il y a 610 millions d’années, révélés par un travail de thèse (Bernard Auray, 1967) et quelques travaux ultérieurs.

Nous sommes là dans un contexte sédimentaire banal, alternance de dépôts plus ou moins vaseux ou sableux (qui ont donné des pélites et des grès) ; mais dont les couches ont été redressées presque à la verticale : ce qui permet de les remonter du bas vers le haut en visitant l’îlot du Sud vers le Nord.

Les roches que nous découvrons sont marquées par une histoire mécanique complexe, faite – outre leur basculement à la verticale - de compressions et de cisaillements ; avec apparition d’une schistosité dans les pélites (qui sont feuilletées en biais par rapport à la stratification), et de failles qui décrochent quelques compartiments. Surtout, elles ont été traversées par des remontées de magma ; les cheminées ont disparu, mais il reste les filons intrusifs, ou sills, qui se sont étalés à plusieurs niveaux dans la stratification. Nous avons pu examiner et traverser les 3 derniers sills repérés ici (voir Fig 2 de l’article Blais 2014, http://www.saga-geol.asso.fr/Documents/Saga_343_volcanites_Erquy.pdf).

Plus au Nord, apparaissent des coulées de laves basaltiques en coussins (pillow lava), typiques d’une mise en place sous l’eau d’épanchements superficiels. Puis des dépôts volcaniques explosifs, ou brèches hyaloclastites, dont les éléments sont cimentés par une pâte vitreuse (dénuée de structure). On trouve aussi des tuffites, et des filons tardifs de kératophyre.

Les observations de terrain sont complétées par des travaux de laboratoire, au microscope et en analyses chimiques, qui éclairent sur la composition, la polarité (haut/bas), l’origine et les modes de mise en place de tous ces éléments. La tectonique des plaques, et l’étude des divers types de volcans aujourd’hui actifs, aident à imaginer les conditions du volcanisme d’Erquy, qui est estimé être "protérozoïque", ou précambrien ; c à d antérieur à l’ère primaire.

Nous apprenons que des pillow lava se trouvent aussi à la Pointe Guilben à Paimpol, et à la pointe de Château Serein en baie de la Fresnaye.

2 – Les poudingues de Port Barrier, à Sable-d’Or-les-Pins.

Il s’agit des bancs de base de la "série du Cap Fréhel", qui recouvre le socle des gneiss dioritiques de Coëtmieux-Fort-la-Latte : série détritique, faite de roches sédimentaires consolidées composées de débris. Avec des alternances de grès (sable cimenté) ou de conglomérats lorsqu’on y trouve des éléments plus grossiers : poudingues si ceux-ci sont arrondis, ou roulés, comme les galets transportés par une rivière, ou brèche si ces éléments grossiers sont anguleux (n’ayant pas été transportés suffisamment longtemps).

Les séries détritiques rouges (couleur donnée par l’oxyde de fer présent en périphérie des grains de quartz) d’Erquy et de Fréhel affleurent en deux compartiments distincts, avec chacune un niveau de base fait de poundingues. Celui de Fréhel, aisément visible à Port Barrier, apparaît aussi dans l’anse des Sévignés (à mi-distance entre Fort-la-Latte et le Cap Fréhel) ; il est fait d’une matrice gréseuse rose emballant de gros éléments noirs (les phtanites "de Lamballe", quartzites riches en matériaux charbonneux), peu évolués, ce qui témoigne d’une alimentation proche.

Au-delà de Port Barrier se trouve une carrière de grès dur, visible sur la carte ou sur photos aériennes mais très bien cachée dans le paysage et quasiment indécelable depuis la route.

3 – Les Grèves d’en Bas, et la plage de la Fosse

Quelques kilomètres de plus en voitures en direction du Cap Fréhel nous mènent au Grèves d’en Bas, où nous voyons en marchant quelques centaines de mètres à peine :

-       la falaise "récente" taillée dans les coulées de solifluxion de l’époque glaciaire,

-       un cordon dunaire (fait de sable éolien) dominant la plage de sable plus grossier, qui a été repoussé par la mer lors de sa dernière remontée (à la fonte des glaciers),

-       le socle dioritique de Coëtmieux-Fort-la-Latte : roche de la famille des granites, c’est-à-dire de type plutonique ou endogène - par opposition aux roches sédimentaires -, résultant de la cristallisation d’un magma ; d’un âge ici estimé avoisiner 590 millions d’années (MA),

-       marqué par un filon de dolérite nettement plus récent (340 MA), témoin d’extensions contemporaines du plissement hercynien,

-       puis l’apparition du grès (après la plage de la Fosse), dont la structure contraste de façon spectaculaire avec celle du socle tout proche,

-       et à nouveau, dans cette masse de grès, un filon de dolérite. Lequel montre un bel exemple d’altération en pelures d’oignon puis en boules, résultant de la fissuration de la roche (apparition de diaclases) lors de son refroidissement : l’altération pénètre par les plans des diaclases, attaque plus la roche aux croisements de celles-ci, dans les angles entre deux faces, et encore plus aux coins (rencontres de trois diaclases).

Ce fut une belle sortie, riche en observations commentées par un guide averti, qui nous ont donné quelques idées des méthodes et du vocabulaire géologiques.