jeudi 20 octobre 2016

Épisode 7 - Quelques morceaux de sucre à l'assaut de l'enfer salé

Réserve Naturelle Nationale d'Iroise

En octobre, les colonies bretonnes d’océanites sont maintenant quasi-désertes. Il ne reste plus que quelques poussins tardifs. Dans l’archipel de Molène, le 18 octobre 2016, le petit dernier est âgé de 35 jours et il faudra faire une visite de contrôle avant la mi-novembre pour vérifier s’il survit.

En mer, par contre, l’espèce est toujours bien présente. Durant l’automne, plusieurs centaines ou milliers d’individus peuvent en effet se rassembler sur l’eau, à quelques milles marins des côtes. En Bretagne, d’après les connaissances actuelles encore très incomplètes, c’est notamment dans le Mor Braz, en mer d’Iroise ou en baie de Saint-Brieuc que l’on peut faire de telles observations.

Si les jeunes de l’année sont prêts pour la migration, avec leur plumage tout neuf, ce n’est pas le cas des adultes. En effet, ces derniers ont commencé à muer leurs plumes de vol en fin de période de reproduction, et leurs capacités de vol sont alors plus réduites. Mais cette mue des plumes de vol, qui commence dans l’Atlantique nord pour les adultes, va s’arrêter le temps de la migration, et s’achèvera plus tard dans l’Atlantique sud.

Le jeune océanite, pesant seulement l’équivalent de quelques morceaux de sucre, part à l’assaut d’un enfer salé, et doit se nourrir et résister aux tempêtes. Espèce pélagique, la mer est son seul univers. La survie des océanites durant leurs premières années de vie est un paramètre démographique qui n’est pas encore connu avec précision. C’est l’un des objectifs des prochaines analyses à réaliser sur les données de baguage collectées en Iroise.

Il n’existe pour le moment qu’une seule reprise d’un océanite de l’Iroise dans l’Atlantique sud : un poussin qui avait quitté sa colonie au début du mois d’octobre 2006 a été retrouvé mort sur une plage du Sénégal en février 2007.

Les jeunes individus passent leur première année de vie exclusivement en mer, sans jamais revenir à terre. Ensuite, quelques oiseaux commencent à visiter les colonies durant leur deuxième année et les plus précoces commencent à se reproduire à l’âge de trois ans, et les océanites peuvent vivre plus de 35 ans !

 

Photo : Un océanite en vol en mer © Philippe J. Dubois & Élise Rousseau