Un grand poussin d’océanite proche de l’envol © Hélène Mahéo

lundi 12 septembre 2016

Épisode 6 – Se muscler les ailes et perdre du poids avant de partir

Réserve naturelle nationale d'Iroise

La croissance du poussin d’océanite continue et son épais duvet gris laisse peu à peu la place à des plumes. Son plumage tout neuf est noir anthracite, très différent de celui de ses parents, qui sont alors en période de mue, avec à la fois des vieilles plumes, de couleur plutôt brune et parfois très usées et claires, et des plumes neuves, noir anthracite comme celles des poussins.

Plus ou moins à l’étroit dans son « nid », un terrier ou une cavité sous un bloc rocheux, le poussin doit sortir à la nuit tombée pour se muscler les ailes et s’exercer à voler. Ce n’est pas sans risque, car des prédateurs peuvent alors en profiter pour les capturer. Ainsi, en 2002, un hibou des marais en migration a fait une halte de quelques jours sur l’île de Banneg, et le rapace nocturne s’est fait un petit festin en mangeant une dizaine de poussins bien grassouillets !

Il arrive aussi que des pluies diluviennes inondent une partie des terriers, évènement plutôt exceptionnel, mais récemment observé en août 2015, où plusieurs poussins ont été retrouvés morts, noyés dans leur terrier.

Quand le poussin est grand et bien emplumé, les parents réduisent progressivement la fréquence de nourrissage et certaines nuits personne ne vient lui apporter à manger. La diminution des repas entraîne une petite cure d’amaigrissement jusqu’à la nuit du grand départ, où le jeune océanite, alors âgé de neuf à dix semaines, se retrouve seul face à l’océan. Il doit désormais se débrouiller pour chercher à manger et trouver sa route pour migrer vers l’Atlantique sud. En Bretagne, la majorité des jeunes océanites quitte les colonies en septembre, mais les plus précoces s’envolent dès la deuxième quinzaine d’août, et les plus tardifs partent en octobre, voire exceptionnellement en novembre.

Dans la nuit du 14 septembre 2016, sous un beau clair de lune, les ornithologues de la réserve naturelle d’Iroise ont eu la chance d’observer trois jeunes océanites, tout juste sortis de leurs terriers. Ils ont pris leur envol quelques minutes plus tard.

Sur les colonies de l’archipel de Molène, les suivis vont se poursuivre jusqu’aux derniers départs, afin de connaître le taux de succès de la reproduction, c’est-à-dire la proportion de couples qui ont réussi à élever un poussin jusqu’à l’envol. C’est en moyenne un couple sur deux qui réussit à élever un jeune, mais ce succès est très variable, avec seulement un couple sur trois les mauvaises années et jusqu’à deux couples sur trois les meilleures années.