jeudi 7 juillet 2016

Épisode 4 - Premières éclosions et afflux de jeunes oiseaux

Réserve Naturelle d'Iroise

Vers la mi-juin, les premières éclosions se produisent. Une minuscule boule de duvet sort de l’œuf. C’est une période critique du cycle de reproduction et les cas de mortalité ne sont pas rares. Le petit poussin sera couvé en alternance par ses deux parents pendant seulement une semaine avant d’être laissé en permanence tout seul au fond de son terrier. Les parents restent alors en mer en journée pour s’alimenter et, durant la nuit, le poussin reçoit un ou deux repas.

En juillet, la deuxième session de capture nocturne des océanites est l’occasion de constater la présence de nombreux jeunes oiseaux en visite sur les colonies, à la recherche d’un futur site de reproduction et d’un partenaire. En journée, rien ne traduit la présence d’une activité souterraine mais, la nuit, des centaines d’oiseaux survolent les colonies. Ces prospecteurs, comme on les appelle, peuvent parcourir des centaines de kilomètres en l’espace de quelques nuits, parfois même durant la même nuit. Aujourd’hui dans l’archipel de Molène, demain ils seront peut-être dans les îles anglo-normandes ou bien de l’autre côté de la Manche aux îles Scilly, en Cornouailles anglaises ou au pays de Galles, voire même plus loin encore vers les côtes irlandaises. Le baguage dans l’archipel de Molène a mis en évidence que la présence d’oiseaux d’un an est très exceptionnelle, ils restent tout le temps en mer. Mais personne ne sait pour le moment s’ils séjournent plutôt dans l’Atlantique sud, plutôt dans l’Atlantique nord ou s’ils vagabondent d’un hémisphère à l’autre. Les jeunes océanites commencent à visiter les colonies quand ils ont deux ans, et les plus précoces vont se reproduire à l’âge de trois ans.

Durant la session de baguage nocturne de juillet 2016, Bernard Cadiou a passé le cap des 20 000 océanites bagués depuis ses débuts en 1997 ! L’équipe d’ornithologues de Bretagne Vivante a d’ailleurs vécu l’une des nuits les plus intenses de ces 20 dernières années, avec 366 oiseaux capturés en l’espace d’un peu plus de cinq heures, contre 150 à 250 d’habitude.

Sur les colonies d’océanites tempête de l’archipel de Molène, le recensement des couples nicheurs se poursuit. Comme les autres espèces d’oiseaux marins à reproduction souterraine, puffins ou macareux, l’océanite tempête est difficile à recenser, et ce d’autant plus que sa petite taille ne facilite pas la détection de l’adulte qui couve ou du poussin au fond de son terrier. Il faut donc quelques années d’entrainement aux ornithologues pour bien maitriser les méthodes de suivi et être en mesure de dénombrer correctement les colonies, sans risquer de sous-estimer fortement la population nicheuse.

Plusieurs méthodes complémentaires sont utilisées pour recenser les colonies d’océanites. À l’aide d’une lampe torche, le contenu de certains sites de reproduction peut être inspecté visuellement. Dans d’autres cas, il faut insérer son bras dans les terriers, en tâtonnant délicatement pour voir si on touche un oiseau et si on sent un œuf ou un poussin au bout des doigts. La technique de la « repasse » consiste quant à elle à diffuser le chant de l’espèce à l’entrée des terriers pour essayer d’obtenir une réponse de l’oiseau qui l’occupe. Cependant, tous les oiseaux ne répondent pas, ce qui veut dire que si personne ne répond, il n’est pas possible de conclure que le terrier est effectivement inoccupé. Enfin, il existe un appareil appelé endoscope, qui est une petite caméra que l’on insère dans le terrier, et qui permet d’en visualiser l’intérieur sur un écran de contrôle. C’est donc allongé dans les pelouses d’armérie maritime et de fétuque, à quatre pattes ou en rampant entre les blocs rocheux que les ornithologues mènent à bien leur mission d’inventaire des sites occupés par les océanites.

En fin de période d’incubation, les adultes reproducteurs sont délicatement extraits de leur terrier pour contrôler s’ils sont déjà bagués ou pour leur poser une bague. Ils sont également mesurés et pesés, ce qui permet de voir si leur condition corporelle est bonne. Cette opération n’est réalisée qu’en fin de période d’incubation pour éviter l’échec de la reproduction car les adultes peuvent déserter définitivement leur œuf s’ils sont manipulés en début d’incubation. C’est à cette occasion que des oiseaux bagués comme poussins quelques années auparavant sont retrouvés comme reproducteurs pour la première fois, généralement à l’âge de trois à cinq ans. Bien souvent, ces jeunes individus s’installent pour se reproduire à seulement quelques mètres ou quelques dizaines de mètres du terrier où ils sont nés.

 

 Photo : L’année des 20 ans du programme de baguage de Bernard Cadiou, le 20 000e oiseau bagué depuis 1997 -  © Alexandra Rohr

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